Une horde de squelettes et un concours de têtes de mort s’empilent à l’envi dans « C’est la vie ! Vanités de Caravage à Damien Hirst», la première exposition au musée Maillol de Patrizia Nitti, fraîchement nommée à la direction artistique de l’institution. Si la vanité, l’un des grands thèmes de l’histoire de l’art, se noie ici dans un fétichisme osseux, les mementomori nous rappellent bien que l’on va mourir… mais d’ennui.
De l’extrême contemporain à une mosaïque de Pompéi du 1er siècle, dans un parcours rétro-chronologique, le musée Maillol défie la mort par l’un des grands thèmes de l’histoire de l’art : la «vanité». Rappel. Le genre apparaît au XVIIe siècle, en Europe du Nord. En référence au dogmatisme chrétien, il dépeint, le plus souvent dans des natures mortes ou des représentations de grands saints, l’impermanence et la fragilité de la vie. Il écorche les vaines passions pour les joies, les biens terrestres, pour le pouvoir ou les richesses intellectuelles, il déshabille le périssable avec un crâne, une bougie finissante, une montre cassée, un sablier ou une bulle de savon, avec une pièce de monnaie ou un objet précieux, avec un livre ouvert ou un globe terrestre, avec une pipe, un jeu de cartes, avec une fleur fanée ou une mouche clandestinement posée sur un fruit.
Si le Siècle des Lumières perd le goût de la vanité avec celui des diktats religieux, le XXe, quant à lui victime de deux guerres mondiales et des horreurs de l’Holocauste, ne l’aborde que de biais. Aujourd’hui, ce sont les têtes de mort, reliquats ataviques du genre, qui font un malheur. Le XXIe siècle les adore, les décore, les décalque, les clone et les gadgétise comme de simples vestiges des drapeaux pirates ou des emblèmes de quelques mouvements rebelles. Car notre époque aime les crânes comme elle aime les images des magazines de mode. La mort en os est devenue un sigle glamour, un produit fashion, un logo séduisant, familier, vide de toute charge symbolique. (…)
Julie Estève
, le 23 Avril 2010
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