Nabil Boutros, Egypt is a Modern Country, 2006
« Le mépris dans lequel la photographie a longtemps été tenue, ainsi que la censure, ont conduit la mémoire collective des Arabes à se construire uniquement à travers le prisme des images orientalistes et coloniales », Michket Krifa.










Écrit par la galeriste londonienne Rose Issa et Michket Krifa, directrice de la Biennale de Bamako, "Arab Photography Now" met en avant le travail de trente photographes du Moyen-Orient à l’Afrique du Nord.
Arab Photography Now est le premier ouvrage de référence sur la photographie arabe contemporaine. Pourquoi avoir décidé de faire ce livre ?
Rose Issa : Avant tout, pour combler un vide. Si la photographie contemporaine arabe est très exposée depuis quelques années, je suis toujours surprise du manque de documentation sur le sujet. Le livre a donc été conçu comme une base de travail destinée à la fois au grand public et aux chercheurs, un ouvrage qui donne à voir ce qu’est la photographie arabe, ses idées, son esthétique et son engagement.
Michket Krifa : Il y a aussi le désir de restaurer l’histoire interne de la photographie arabe et de la confronter aux imaginaires occidentaux. Pendant longtemps, cette région du monde n’a été vue qu’à travers le regard des Européens. Jusqu’aux années 80, ce que l’on retient des événements comme la guerre du Liban, la révolution iranienne ou la première intifada palestinienne, ce sont uniquement des images faites par les Occidentaux. Les photographes arabes, eux, n’ont pas encore été intégrés à cette histoire. Or, c’est la façon dont les Arabes se décrivent eux-mêmes qui nous intéresse.
Dans la préface, vous soulignez le mépris dont a longtemps souffert la photographie dans les pays arabes...
Michket Krifa : Prenons l’exemple de la presse. Pendant des années, les photographies publiées dans les journaux arabes n’ont pas été créditées. Et malgré la profusion d’images, très peu ont été archivées. Ce manque de reconnaissance, renforcé par la censure, a conduit la mémoire collective des Arabes à se construire uniquement à travers le prisme de la photographie orientaliste et coloniale.
Rose Issa : Il y a aussi des considérations économiques. Parce qu’elle coûte cher, la photographie argentique est longtemps restée inaccessible. En ce sens, l’apparition du numérique a été une bénédiction pour les artistes et les amateurs. Les nouvelles technologies et Internet ont fait le reste. Aujourd’hui, n’importe qui peut consulter en ligne les archives de la Fondation arabe pour l’image (créée en 1997 à Beyrouth, ndlr) qui a collecté plus de 400 000 photographies en provenance des pays arabes et de la diaspora.
Lire la suite dans diptyk n° 13

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