A l’inauguration de L’Atelier 21 en octobre 2008, Aziz Daki et Aïcha Amor, duo aussi dépareillé qu’efficace, annonçaient parmi ses missions celle de promouvoir les artistes marocains, et pas seulement à l’échelle nationale, mais également à l’étranger, et les termes « foires internationales » revenaient sans cesse dans les interviews qu’ils donnaient, comme un objectif rêvé mais encore lointain. C’est désormais chose faite. Après la Galerie 127 qui a conquis l’espace tant prisé de Paris Photo, voici L’Atelier 21 pénétrant le cercle fermé des galeries qui participent à l’événement Artparis+guests, avec un stand de 50 m2 et une liste d’artistes triés sur le volet parmi la douzaine d’artistes marocains qu’ils représentent. (…)
« Ici, on accompagne plusieurs mois à l’avance l’œuvre de l’artiste et l’on essaye par tous les moyens, que ce soit par l’accrochage, la médiatisation ou la fabrication d’un catalogue, de lui donner le maximum de visibilité. » Une visibilité désormais internationale et dont la nouvelle a surpris les gérants de la galerie eux-mêmes : « Nous avions déposé notre dossier mais sans grande conviction. Oui, nous sommes sûrs de la qualité de notre travail et de celui des artistes que nous représentons, mais les événements comme Artparis+guests sont très sélectifs. Finalement, je crois que nous nous sommes sous-estimés », conclut en riant Aziz Daki. Du 18 au 22 mars, L’Atelier 21 sera donc présent à Artparis+guests, une première pour une galerie marocaine, arabe et africaine. Ce qui fait dire à Brahim Alaoui, commissaire d’expositions : « L’Atelier 21 joue la carte ultra professionnelle d’une galerie marocaine qui pousse la porte d’une foire internationale. Elle doit miser sur deux armes qui sont celles des galeries internationales : la sélectivité et la qualité… Pour cela aussi, elle ne doit pas céder aux susceptibilités maroco-marocaines, c’est le prix à payer pour donner la pleine mesure du talent de son écurie d’artistes contemporains. Il est temps de propulser les artistes marocains sous la bannière d’une galerie marocaine. » En tout cas, bon vent (parisien) à L’Atelier 21 ! M.T.
Art brut, l’invention à l’état pur
On ne peut comprendre la place qu’occupent les artistes marocains présents à Artparis+guest sans revenir à l’origine de l’art brut. A la question « comment définiriez-vous l’art brut ? », le galeriste Jean-Pierre Ritsch-Fisch répond : « Par la définition qu’en avait donnée Jean Dubuffet : l’art hors de tout conditionnement culturel et de tout conformisme social. » (…)
Et c’est ce que l’on retrouve aussi dans les œuvres de Ali Maimoune et Mohamed Tabal découverts à Essaouira par Jean-Pierre Ritsch-Fisch, à la galerie Damgaard, dirigée depuis peu par Alain Graffe et Claude Jadot. « Leur travail m’a parlé, et principalement les œuvres anciennes qui s’apparentent à un travail que je qualifierais de spontané et brut à la fois », explique le marchand, peu disert mais sûr de reconnaître au premier coup d’œil la valeur d’une œuvre.Interrogé sur la place des artistes marocains dans ce courant mondial, Jean-Pierre Ritsch-Fisch répond : « Ce sont des créateurs spontanés et à ce titre, ils peuvent prétendre en faire partie. Ce que je voudrais signaler, c’est que l’on aime toujours placer les artistes dans des courants, mais quand une œuvre est forte, elle s’impose par elle-même, la signature importe peu, une œuvre secondaire, même d’un grand nom, restera toujours secondaire. » Sur la scène internationale de l’art brut, peu d’artistes marocains ont intégré les collections des musées récemment inaugurés comme The Museum of Everything de Londres, ou le musée d’Arnulf Rainer, mais le travail de collecte à l’extérieur de l’Europe ne fait sans doute que commencer… K.T.
Extrait de « Art brut et contemporain, présences marocaines à Artparis+guests», p. 40. Retrouvez le texte intégral sur diptyk n°4, février/mars.
K.T
, le 24 Février 2010
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