Mehmet II qui la conquit, Bayezid II, Selim Ier et Soliman le Magnifique… c’est au Grand Palais que l’exposition phare de la Saison turque en France revisite l’histoire de la ville d’Istanbul, légendaire Byzance d’autrefois.
Vue du divanhane (salle de réception)
du yali de KoÅNprülü Hüseyin Pacha
XVIIe – XVIIIe siècles
Aquarelle sur papier
Coll. Part.© Hadiye Cangökçe
De Byzance à Istanbul : un port pour deux continents
Jusqu’au 25 janvier 2010
Grand Palais à Paris
Exposition d’objets issus de collections publiques turques, françaises et internationales.

Tête de buffle découverte à çatalca
IIIe siècle av. J.-C.
Terre cuite
Istanbul, Musée archéologique
© Istanbul Archeology Museums / Bahadır Taskın


Tête de Constantin Ier le Grand (306-337), vers 325-330,
bronze, dorure,
© musée national, Belgrade.


Levni, Musiciennes
(détail), début xviiie siècle,
gouache sur papier,
Istanbul, Musée du Palais de Topkapı
© Topkapı Palace Museum, Hadiye Cangökçe.


Portrait d’une dame du palais
Rafael Manas
1750 - 1775
Tempera sur carton
Pera Museum, Istanbul
© Pera Museum / Bahadır Taskın

Pas question d’être exhaustif quand il s’agit de parcourir une histoire aussi riche. L’événement, un des plus marquants de la Saison turque en France (juillet 2009-mars 2010), veut simplement, à travers une collection de cinq cents objets, mettre en lumière les périodes les plus brillantes ayant façonné le passé et le présent de cette ville.
Si la faiblesse de la scénographie de l’exposition, signée Boris Micka, et l’usage intempestif des projections et des vues de paysages ont parfois donné à cette célébration des airs de soirée diapos, la beauté et le pouvoir d’évocation des trésors exposés ont largement contrebalancé ce handicap. Rapide parcours chronologique. Comment était la Byzance des anciens, fondée par les Grecs à l’entrée du Bosphore sept siècles avant notre ère ? La fascination que véhiculent les mémoires ramène vers ce carrefour entre deux mondes, cette jointure entre deux continents, à la croisée des aventures humaines entre Orient et Occident et carrefour des routes commerciales, maritimes et militaires. A Byzance, il y avait des dieux, et ils étaient nombreux. Chaque peuple avait les siens. Ils avaient des noms grecs, égyptiens ou orientaux. Baal ou Isis ne faisaient de l’ombre ni à Zeus-Jupiter ni aux autres divinités. A Byzance on aimait, on commerçait et on s’enrichissait.
L’empereur romain Constantin Ier, était chrétien. Par les armes, il imposa bientôt son Dieu à la ville dont il fit la capitale de son empire en 330. Celle-ci sera rebaptisée Constantinople en son honneur. (…) La nouvelle Constantinople ne changeait ni d’ethnies, ni de peuples. Les politiques, commerciales, militaires et religieuses furent seules infléchies. La Constantinople phare de la chrétienté se bâtit un port puissant, se ceinture de murailles, se dote de palais, élève des églises dont l’incomparable cathédrale Sainte-Sophie.
Huit siècles durant, capitale prestigieuse, Constantinople, belle et riche, tint tête à Rome, l’autre pôle de la chrétienté. En 1204, les Croisés mirent à sac la cité, pillèrent ses trésors, emportèrent ses collections, disséminèrent à travers toute l’Europe ses biens et ses secrets techniques. L’art européen de l’orfèvrerie est né de ce pillage. Quand Mehmet II le Conquérant se présente, en 1453, devant la ville, la Constantinople que ses armées soumettent n’est que l’ombre de la capitale que les mémoires chérissent depuis l’Antiquité. Une ère nouvelle débute. Dans la célèbre enluminure, la prise par Mehmet II de Constantinople, le monarque est représenté une rose à la main ; dessin délicat et étrange par le contraste né entre la forte présence du souverain, la dureté de son regard et la délicatesse du geste ; Mehmet II Fatih aime les arts et écrit des poèmes. Il apprend le grec et plusieurs langues anciennes, invite à sa cour le peintre Gentile Bellini qui laisse de lui un portrait célèbre. Son règne qui sonne la fin de l’Empire romain clôt, pour les historiens, le chapitre du Moyen âge. Le monde entre dans la Renaissance. L’exposition du Grand Palais s’attarde sur son règne et sur les souverains qui lui ont succédé et ont donné à la ville ses couleurs et son essor : Bayezid II, Selim Ier et le célèbre Soliman le Magnifique, au règne emblématique. Avec la politique d’ouverture de ce dernier, l’accueil d’artisans et de commerçants étrangers, juifs chassés d’Espagne et chrétiens grecs, il favorise l’épanouissement économique, diplomatique et culturel de l’Empire. Pour répondre aux besoins des fidèles de l’islam, il annexe, sans que la ville ne perde cependant son caractère cosmopolite ancien, les édifices chrétiens dont Sainte-Sophie.
Les cinq cents objets présentés proviennent de collections turques et françaises ; des chefs-d’œuvre grecs, romains, chrétiens et musulmans rappellent les multiples facettes de la ville et de l’histoire de ses peuples. Des pièces profanes et des objets sacrés, des œuvres d’art et des témoignages archéologiques, dont certains ont été mis au jour lors du creusement du tunnel sous-marin du futur métro qui doit relier le centre d’Istanbul aux rives européenne et asiatique du Bosphore. Les multiples tessons tirés des fouilles du site de Yenikapi ponctuent les flux migratoires qui ont foulé cette terre. (…) Des objets évoquent la vie quotidienne, les pratiques religieuses, les métiers, le commerce, les transports terrestres et maritimes, la musique… Les décors des palais et les arts militaires ont été mis en valeur. La salle du Divan avec ses lambris, ses décors d’arabesques incrustées d’or et de pierres précieuses a été reconstituée. A voir aussi, la cheminée en argent doré, une fontaine en cristal, le parquet recouvert d’or, un large choix d’ouvrages rares, des enluminures sublimes et le cahier sur lequel Mehmet II faisait ses exercices d’écriture et donnait forme à son paraphe.
Maurice Arama
, le 8 Janvier 2010

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Une exposition qui fait rêver...
Une exposition qui fait rêver...
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