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Dans la palmeraie de Marrakech se niche l’atelier de Farid Belkahia, un lieu où se déroule depuis plusieurs décennies une histoire forte, celle d’un peintre qui a révolutionné l’art marocain.
« Je prends un rêve sur un papier et je le rends possible. Je le concrétise », confie Belkahia en feuilletant des dizaines de dessins réalisés au fil des années et rangés soigneusement dans un coin de son atelier. « Ce qui distingue le rêve de la réalité, c’est que l’homme qui songe ne peut engendrer un art : ses mains sommeillent. L’art se fait avec les mains. Elles sont l’instrument de la création mais d’abord l’organe de la connaissance », écrit Henri Focillon (1). Entre les croquis sages et les œuvres tatouées de mémoire et de signes ancestraux qui habitent chaque recoin de l’atelier de Belkahia, il y a les grandes mains de l’artiste, solides, rugueuses, ouvertes, prêtes au labeur comme à la caresse. Des mains qui travaillent sévèrement la peau comme celles d’un tanneur, la métamorphosent en une étendue parchemin, l’impriment délicatement de couleurs naturelles d’alchimiste, découpent le support en bois comme un menuisier, assemblent en les cherchant les formes et les courbes pour donner à l’œuvre son corps final, pour signer son passage de l’épreuve de la mort et de la putréfaction à celle de la vie. Des mains d’artiste artisan que celles de Belkahia. Le premier à avoir donné à la peinture marocaine une nouvelle dimension, hors du cadre occidental habituel.

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