C’est dans une belle ambiance que la Villa Delaporte a fêté son vernissage. Une belle moisson d’artistes à l’affiche et dans la salle : un Binebine posant avec bonhomie devant ses toiles, un Bellamine à l’œil vif… Et des architectes venus rendre hommage à ce lieu d’une rare beauté portant le nom de l’architecte qui l’a imaginé. Un Casa averti se presse dans le patio en forme de péristyle revisité. L’harmonie des volumes, on la doit à l’implication de Rachid Andaloussi venu prêter main-forte à Mouna Hassani, la galeriste qui a vu très tôt le potentiel de ce nouveau « quartier des Beaux-Arts » situé dans ce qu’elle imagine déjà être le futur Soho marocain, entouré du théâtre en projet et côtoyant l’école des Beaux-Arts.
Une première expo réussie pour Mouna qui n’est pas une inconnue. Femme du peintre Saad Hassani, elle a pu faire ses armes à ses côtés, tenant même avec lui, pendant un temps, la galerie Al Manar. C’est là qu’elle a pu affûter son regard et sa première exposition dénote de la finesse de ses goûts : des valeurs sûres et un choix d’œuvres pertinent mis en valeur par la sobriété de l’accrochage dictée par les exigences d’un espace intimiste, invitant à privilégier petits formats, médiums minimalistes et plus précieux comme le papier. Un endroit qui se distingue par l’état d’esprit de la maîtresse des lieux qui, même si elle souhaite « avancer prudemment », a une idée claire de la façon d’exercer son métier : pas d’extravagance – dans les prix non plus – mais plutôt un univers harmonieux.
L’exposition de décembre, consacrée à Jacques Barry, se prépare déjà dans l’arrière-boutique. Le geste sûr, la galeriste déballe ses toiles fraîchement arrivées. Elle m’invite à entrer dans l’univers très poétique du peintre : des arbres, mais aussi des animaux, dont le rhinocéros, son animal fétiche, des hommes ailés… qui tranchent sur des fonds aux couleurs vives, traités comme des monochromes.
Comme un pommier qui fait des pommes
Le travail de Barry peut paraître simpliste, enfantin ; une posture qu’il revendique : « Avec le temps, ce que j’aime c’est la notion de classique que tout le monde peut s’approprier. J’aime le côté rengaine, cliché, faire les choses les plus anodines, les plus galvaudées qui soient, puis semer le trouble avec des images a priori explicites. » On peut parler de thèmes récurrents, de signalisation de la géographie de son œuvre. Le terme de signe est ici très important. Bernard Collet, auteur de la belle monographie Le maintien de l’ordre* consacrée à l’artiste, parle même de signes picturaux rassurant le spectateur et le « ramenant à des perceptions anciennes », vestiges de l’enfance dans lesquels le travail de Barry permet de replonger. Les rhinocéros prennent alors l’allure d’animaux mythiques, avec leurs faux airs de licorne en armure. Ils sont affublés d’ailes comme ces anges avec des ailes trop grandes qui indiquent la difficulté d’assumer ce lourd statut.
Un univers à découvrir, porté par un artiste particulier, au regard poétique, qui voit son travail comme un acte très naturel : « C’est comme un pommier qui fait des pommes, on n’y est pour rien. Il n’y a aucune auto-satisfaction à en tirer. »
· Le Maintien de l’ordre, Bernard Collet, Jean-Pierre Huguet éd., 2007.
Syham Weigant
, le 7 Janvier 2010
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