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Jean-Pierre Raynaud, destruction massive d’oeuvres

Sur invitation de l’Ambassade de France à Rabat, rencontre avec l’artiste Jean-Pierre Raynaud et découverte de son œuvre majeure à travers le film documentaire que Michelle Porte lui a consacré.

La maison de Jean-Pierre Raynaud

La maison de Jean-Pierre Raynaud
© JP Raynaud

Le "cimetière" des conteneurs
Le "cimetière" des conteneurs © JP Raynaud
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La maison de Jean-Pierre Raynaud
La maison de Jean-Pierre Raynaud © JP Raynaud
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Vue intérieure de la maison
Vue intérieure de la maison © JP Raynaud
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Le pot majestueux qui trône à l'entrée de Beaubourg
Le pot majestueux qui trône à l'entrée de Beaubourg © JP Raynaud
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Le film projeté nous emmène à la rencontre de la maison de l’artiste, son « chef-d’œuvre » qu’il construit puis détruit dans un geste extrême, interrogeant cette relation particulière de certains artistes à leurs œuvres qui les poussent à annihiler leur création.

 

La rencontre avec cette référence absolue de l’art contemporain, est programmée de telle sorte que la rencontre se fait avant la découverte du travail dont il sera question ici : la maison de Jean-Pierre Raynaud, sa construction, ses métamorphoses puis sa destruction filmée et exposée.
 
Aborder l’œuvre de Raynaud, c’est faire appel à des souvenirs marquants : la découverte de l’art contemporain en France, où l’éducation artistique à la « française » se faisait inconsciemment sous les auspices du monumental pot de fleurs couverts de feuilles d’or qui trône au milieu de la capitale française et garde l’entrée de Beaubourg. Cet objet, marque de fabrique de l’artiste, peuple sa collection de « psycho-objets », ces objets particuliers qui créent des « situations psychiques ».
 
Un travail que l’on pourrait qualifier de léger, au regard de l’œuvre qui est présentée à l’issue de la rencontre : la Maison de Jean-Pierre Raynaud.
 
Flashback : âgé d’une trentaine d’année, l’artiste décide de s’installer en compagnie de son épouse sur un terrain situé en Celles-Saint-Cloud. La maison qu’il commence à y construire l’accapare jusqu’à l’absorber totalement. Il en tombe littéralement amoureux et il n’y a plus de place dans sa vie que pour cette passion dévorante. Abandonnant sa femme, il se consacre entièrement à cette œuvre qu’il métamorphose et réinvente jour après jour jusqu’à la rendre « parfaite ».
 
L’espace construit par Raynaud devient une référence absolue en architecture, visité, révéré et demeure reconnaissable par son intérieur entièrement composé de carreaux de céramique blancs (de 15 cm par 15 cm) liés par une jointure noire.
 
L’apparence extérieure de la maison évolue entre façade dépourvue de fenêtre, puis pourvue d’une meurtrière, de vitraux ; la maison se transforme en blockhaus, couverte de treillis, l’artiste va même jusqu’à commander des miradors !
 
Après ces différentes métamorphoses et arrivé au stade ultime de sa beauté, se pose la question : « Que faire de la beauté ? » : l’artiste se rend compte « qu’en allant plus loin, il risque de l’altérer. » Il ne « veut pas faire le geste de trop ». Dehors, les institutionnels se pressent, veulent classer le monument. Raynaud, « artiste de l’extrême » comme il se décrit lui-même, refuse, la maison « n’est pas une œuvre en plus ». Il décide de la sacrifier dans la plénitude de sa perfection, de la faire disparaître dans une performance artistique ultime mais qui ne constitue in fine qu’une dernière métamorphose.
 
Cette histoire, puis cette destruction est montrée de façon magistrale dans le film de Michelle Porte qui s’achève sur une image d’une force singulière : l’intégralité des fragments de la maison de Jean-Pierre Raynaud est dispersée entre 1 000 containers chirurgicaux, exposés en une émouvante installation au Musée d’Art Contemporain de Bordeaux.
 
 
Syham Weigant , le 23 Avril 2010

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