Le travail récent que MajidaKhattari présente à la galerie L’Atelier 21 interpelle et surprend au premier abord. Est-ce une série mode à la note orientaliste ? Des extraits d’un feuilleton arabe puisant son romantisme dans un autre siècle ? Rien à voir avec les défilés performance pas comme les autres qu’elle a jusque là créés, des défilés où le vêtement prend des allures monumentales, enferme la femme comme dans une cage, allant jusqu’à lui couvrir d’une même étendue le visage à la façon d’une muselière, l’empêchant de se mouvoir, de s’exprimer.
L’artiste a toujours joué avec la mode, intégré cet univers codifié dans son travail d’artiste, imaginé des accessoires pour alimenter ses mises en scène, comme le fameux sac en forme de grenade explosive, réinterprété la création d’un vêtement pour y coudre en filigrane tous ses questionnements sur la situation de la femme arabe, que ce soit face à la tradition d’un pays d’origine, ou sous le regard de l’Occident.
Aujourd’hui, son travail sur le vêtement, cette enveloppe du corps féminin, cette camisole de l’enfermement fait place à des brèches de nudité, à des espaces de dévoilement. L’artiste a décidé de présenter des photos, « pour faciliter le dialogue avec le public, parce que la photo parle davantage, qu’elle est plus accessible au spectateur ». A travers un orientalisme qu’elle détourne, des mises en scène qui font référence aux Femmes d’Alger de Delacroix, qui rappellent aussi les photos d’Irvin Penn, elle pose et repose ses questionnements sur le corps de la femme, la tradition, ce qu’elle cache, mais aussi les fantasmes qu’elle alimente.
Les jeux de l’art et de la mode
« Le retour au Maroc me pousse à une certaine réflexion sur le corps. J’ai eu envie de passer par l’orientalisme, de recréer une représentation pour évoquer la situation actuelle. Je veux montrer côte à côte les deux extrêmes. Mettre en scène le voilé et le dévoilé». Le tout dans une ambiguïté que l’artiste assume depuis toujours. « Ce n’est pas si simple d’aborder la question du voile. Rien n’est simple, on est issu d’une double culture, on doit l’assumer. » Au côté des photos orientalistes, Majida développe une histoire à la façon des Mille et une nuits, un conte où elle sème des accessoires, comme ce voile utilisé dans un de ses défilés et dont elle habille cette fois l’homme. « C’est comme un jeu où l’on chercherait à entremêler le contemporain et l’ancien. A démêler l’un de l’autre ». (…)
Extrait de « MajidaKhattari, Le voile défile sur les podiums», p. 10. Retrouvez le texte intégral sur diptyk n°4, février/mars.
Afaf Zourgani
, le 24 Février 2010
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