A quel niveau de la rue se trouve exactement votre atelier ? Dois-je continuer ou revenir sur mes pas ? » Au téléphone, une voix décidée nous répond : « Dans la vie, il ne faut jamais reculer ; il faut toujours avancer. » Quand on parle de Mehdi Qotbi, le mot « tracer » est incontournable. Tracer une lettre qui ne se lasse pas de se délier après deux décennies frôlant la répétition tout en l’assumant, tracer un chemin qui puisse emmener le plus loin possible sans trop de tribulations. L’artiste n’en a pas le temps.
Il est en perpétuelle effervescence, un électron libre dont la raison de vivre est d’aller vers l’autre. S’éclore sous le regard de l’autre. Dans son petit atelier casablancais, place Belair, Mehdi Qotbi fait encadrer sur place ses toiles « pour que le travail soit bien fait », mène mille choses à la fois, répond au téléphone, fignole une toile, nous fait un brin de causette, est fier comme un enfant de nous montrer son carton d’invitation, son catalogue, ses collaborations avec les plus grands écrivains, les plus grands peintres, les plus grands tout court du Maroc ou d’ailleurs.
Créer pour se faire plaisir et en donner
On lui fait remarquer le côté ardu de son travail : tracer à l’infini toutes ces lettres sur une multitude de toiles. Ne s’en lasse-t-il pas ? « J’aime la rigueur, j’aime soigner mon travail », se contente-t-il de souligner. Aujourd’hui, sa peinture se nourrit toujours autant de rencontres, du graphisme de l’alphabet arabe, décide de revendiquer son africanité. Un travail que lui a inspiré Modigliani et sa passion pour l’Afrique. « Il y a une dizaine d’années, Léopold Sedar Senghor avait déjà évoqué l’africanité de ma peinture. J’y suis arrivé progressivement, jusqu’à l’apparition de ces masques sur mes toiles. » Petites bulles qui se pressent sur une écriture serrée, remaniée par endroits en fenêtres, du pur Qotbi, fidèle à ce qu’il est. « Ma peinture continue d’écrire comme moi je continue de vivre », disait-il à un journaliste il y a quelques années. Vivre. En homme de réseau, rêvant toujours de relier le monde, les hommes, autour de son perpétuel optimisme de résilient. « Il ne s’agit même pas de résilience. J’aime les bons côtés de la vie parce que j’en ai été privé dans mon enfance. Depuis, je sais apprécier chaque petit moment de confort. »
En véritable touche-à-tout, Qotbi boucle en même temps que son exposition, une collection d’assiettes de luxe en édition limitée pour la célèbre enseigne de vaisselle incontournable des ménages marocains, Direct Usine ; continue sa collaboration avec Dior. Il a ancré son style bien à lui… est-il toujours en quête de reconnaissance ? « On a toujours soif de reconnaissance. En fait, il ne s’agit pas de reconnaissance. Il s’agit de créer pour se faire plaisir et donner du plaisir à l’autre. »
Bonne continuation alors, Monsieur Qotbi ! « Si vous m’appelez encore Monsieur Qotbi, je me fâche ! », insiste-t-il. C’est vrai, nous avions oublié. C’est Mehdi… et pas que pour les amis.
Afaf Zourgani
, le 7 Janvier 2010
Commentaires
Écrire un commentaire