A Marrakech Art Fair, Jean-Françcois Fourtou nous invite à voir ses maisons et son bestiaire, un univers de conte où il joue en permanence avec les échelles, entre réel et imaginaire.
des oies pataudes, lestées par leurs pattes de bronze
" Sculptures d'animaux et maisons, c'est le même conte que je propose, à chacun de le lire comme il veut..."

Une girafe géante qui sait pourtant se fondre dans le décor


Contrairement aux créatures aseptisées de Disney Land, ses animaux ont souvent les parties génitales apparentes


...et des oies pataudes, lestées par leurs pattes de bronze


Une autre figure de l'humain à travers ces animaux humbles se déplaçant souvent en troupeaux.


Jean-François Fourtou


l'artiste aime à jouer avec les tailles et les perceptions


Dans un champ de graminées, une maison renversée, comme tombée du ciel


Un univers qui brouille brutalement tous les repères et donne le vertige

Représenté par la galerie parisienne Jean-Gabriel Mitterrand, Jean-François Fourtou expose des fragments de ses maisons et de son bestiaire à la foire internationale Marrakech Art Fair. Incursion magique dans le conte que l’artiste construit depuis des années dans sa propriété « Dar El Sadaka » à Marrakech.
Jean-François Fourtou est créateur de présence. De maisons arrimées au souvenir et d’autres à vivre, ancrées dans le présent. Sur le mur de son atelier s’affiche en grand le plan du territoire de dix hectares qu’il façonne depuis des années comme une œuvre unique évoluant dans le temps. Un espace où il a installé un univers de conte, peuplé de créatures oscillant entre règne animal et humain à la fois mythiques et si réelles. Le suivre dans ce monde ciselé jusqu’au moindre détail, c’est se perdre dans un dédale créé par ce magicien qui joue à merveille sur les échelles, allant du lilliputien au gigantesque. Un dédale dont seul l’artiste connaît les passages secrets et les issues à travers palmiers, oliviers et roseaux élancés. Du Land Art, même si Jean-François Fourtou n’aime pas l’appellation estampillée art contemporain. Ses domaines de prédilection sont le souvenir et l’émotion qui habitent souvent un même thème repris inlassablement dans ses œuvres : celui de la maison-cocon, symbole universel de protection, espace originel.
Une architecture du souvenir
« Pendant longtemps, que ce soit à la foire de Bâle, à la Biennale de Monte Negro ou dans ma galerie parisienne, aux côtés de mes œuvres exposées, j’ai toujours improvisé des cabanes qui me donnaient une sensation de protection, de retour à la position fœtale. Ces cabanes répondaient au désir de recréer à chaque fois une maison pour le voyageur que j’étais. Avec le terrain familial Dar El Sadaka – qui signifieen sanskrit, belle coïncidence, « la maison de celui qui cherche » -, mon rapport à l’espace a évolué. J’ai eu l’opportunité de changer d’échelle et de jouer avec les tailles et les perceptions.» En 2003, avec l’exposition « Mes maisons », l’artiste débute son conte à la Gulliver. S’en suivra la construction à Marrakech d’une maison de géant aménagée selon la perception qu’un enfant aurait du monde adulte. Lit, placard et bureau géants, objets aux dimensions démesurées, tout est une réplique exacte de la maison de son arrière grand-mère. « Je voulais retrouver des souvenirs très précis de maisons où le temps semblait immuable et qui donnaient cette impression de sécurité, d’intemporel, magie. Une fois adulte, l’on se rend compte que l’immuable est une illusion que seul l’enfant est autorisé à croire.» Plus que le passé, c’est cette magie que l’artiste entend restituer aux adultes, tout en les déstabilisant : « Les maisons que je construis sont une invitation à explorer un monde imaginaire. C’est un parcours initiatique où tout est fait pour que l’on perde ses repères et ses certitudes. Pour qu’on puisse retrouver cette perception d’enfance dépourvue de rationnel. »
L’artiste a reproduit plus loin la même maison en infiniment petit, comme un décor de poupée, et une autre taillée aux dimensions de sa fille. Le visiteur pénètre de plain pied dans le conte personnel de Jean-François Fourtou, où il se retrouve tantôt écrasé par les objets et les meubles d’un quotidien démesuré, tantôt étouffé par l’étroitesse du lieu qui rogne l’espace vital dans lequel il a l’habitude de se mouvoir. Il est désormais en pays étranger, dépaysé comme cette girafe géante au regard émouvant, sur des pattes maladroites, apparition tendrement incongrue dans le salon de l’artiste. (…)
Extraits de «Jean-François Fourtou, Remix d’Alice au pays des merveilles». Retrouvez le texte intégral sur diptyk n°7, octobre/novembre 2010.
AFAF ZOURGANI
, le 1 Octobre 2010

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