Au-delà des tragédies qui l’inspirent, l’artiste dénonce le voyeurisme et le non-dit, les mensonges de l’Histoire et des hommes. Volés à l’actualité des conflits mondiaux, ses tableaux d’images frappent par leur impact violent et poétique.
Palestinian prisoners sit blindfolded on the ground after they were captured by Israeli soldiers, 2008 at the Kerem Shalom base on Israel’s border with the Gaza Strip and Egypt, B & W silver gelatin print, 124 x 157 cm, ed. of 3, 2008
Actus
Reza Aramesh
« Between the eye and the object falls a shadow »
Du 15 mars au 15 mai 2010 à la CMOOA Galerie
26 rue du 16 Novembre, Agdal, Rabat

Bodies of Hamas policemen lie on the ground of their destroyed police compound following an Israeli air strike in Gaza, december 27, 2008
B & W silver gelatin print
124 x 169 cm, ed. of 3, 2009


Baghdad, September 10, 2004, B & W silver gelatin print, 124 x 157 cm, ed. of 3, 2008


Vietcong Prisoner gagged and blindfolded, 26 november 1965, B & W silver gelatin print, 158 x 124 cm, ed. of 3, 2009


South Vietnamese soldiers show off a Viet Cong prisoner captured near Tan Son Nhut Airbase, May 6, 1968. B & W silver gelatin print, 158 x 124 cm, ed. of 3, 2009

(…) Né à Téhéran en 1968, Reza Aramesh vit et travaille à Londres depuis 1984. De la performance à la photographie en passant par la vidéo, celui-ci ne cesse de mettre nos belles certitudes à l’épreuve, et nos grandes vérités sur la sellette.
Alors que les seules images qui nous parviennent d’Iran sont prises par des manifestants avec leurs téléphones portables, notre artiste préfère visiblement placer l’Histoire sur écoute. Evitant le coup de fil anonyme, Reza Aramesh reprend plutôt pour ses photographies en noir et blanc des scènes de guerre ou de terrorisme, exposées par les médias de masse, qu’il fait rejouer à l’identique par des acteurs professionnels. Et ce, dans des intérieurs de musées londoniens comme par exemple à la Wallace Collection, dans sa plus récente série intitulée Between the eye and the object falls a shadow. Ici, des prisonniers palestiniens sont assis par terre, les yeux bandés, après leur arrestation en 2008 par des soldats israéliens sur la base de Kerem Shalom, à la frontière entre l’Egypte et la bande de Gaza. Là, des corps de policiers du Hamas jonchent le sol détruit de leur quartier général, après une attaque aérienne d’Israël sur Gaza le 27 décembre 2008. Ailleurs, des soldats sud-vietnamiens exhibent leurs prisonniers vietcongs capturés près de la base aérienne de Tan Son Nhut, le 6 mai 1968.
L’exactitude d’une peinture d’histoire
« D’une manière générale, mon travail évolue en permanence entre ces tensions contradictoires du pouvoir et de sa violence implicite, commente Reza Aramesh. Prenez les guerres modernes du XXe siècle ou plus récemment celles du Moyen-Orient, leurs structures sont quasi semblables, leurs mécanismes internes comme leurs manifestations externes. Malgré tout, notre perception des conflits actuels a profondément été modifiée par les médias. Même s’ils se déroulent à notre porte, nous n’en voyons plus la réalité tangible. » Sans intention moralisatrice ni jugement de valeur, l’artiste reconstruit donc des scènes vivantes qu’il redonne à voir avec l’exactitude presque incongrue, pour ne pas dire étrangement officielle, d’une peinture d’histoire. Subversif et dérangeant, son art ne s’inscrit-il pas d’ailleurs dans une tradition sociale et picturale, allant des Désastres de la guerre de Goya (1810) à L’exécution de Maximilien de Manet (1868), du Guernica de Picasso (1937) à Big Electric Chair de Warhol (1967) ? (…)
Extrait de « Reza Aramesh, Matière dolorosa », p. 32. Retrouvez le texte intégral sur diptyk n°4, février/mars.
Renaud Siegmann
, le 25 Février 2010

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