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Saâdane Afif, A la recherche de la vibration poétique

Plasticien français né en 1970 de père algérien et de mère française, Saâdane Afif vit et travaille aujourd’hui à Berlin. Prix Marcel Duchamp 2009, l’artiste nourrit son œuvre conceptuelle de lumière, de son et de mouvement, avec une grande poésie.

Hours, 2005

Hours, 2005
Coll. Musée d’art moderne de la Ville de Paris / DR / courtesy galerie Michel Rein, Paris.

 

Extraits de «Saâdane Afif, à la recherche de la vibration poétique». Retrouvez le texte intégral sur diptyk n°3, page 74.
Lyrics, 2005, mobilier d’exposition, vue de l’exposition Lyrics, Palais de Tokyo
Lyrics, 2005, mobilier d’exposition, vue de l’exposition Lyrics, Palais de Tokyo, Paris 2005 Coll. Musée national d’art moderne Centre Pompidou, Paris / DR / courtesy galerie Michel Rein, Paris / photo Florian Kleinefenn.
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Tête de mort, 2008
Tête de mort, 2008 Coll. Fonds national d’art contemporain, La Défense / © Jonathan Bossaert.
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«Vice de Forme», In Search of Melodies, 2009
«Vice de Forme», In Search of Melodies, 2009 © Florian Kleinefenn 2009 / courtesy galerie Michel Rein, Paris.
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À la fois familière et étrange, l’œuvre de Saâdane Afif allie une simplicité étonnante à une complexité extraordinaire. (…) L’artiste, dont l’œuvre est marquée par une logique coopérative et la création de ponts entre disciplines, propose des installations sensorielles, fruit de collaborations très diverses. Ainsi, il sollicite des écrivains et critiques d’art pour l’écriture des textes, il invite des musiciens à mettre ces textes en musique. A l’occasion de la Fiac, diptyk l’a rencontré chez Michel Rein qui le représente à Paris, tandis qu’il y clôturait l’exposition « Vice de forme », au cours de laquelle le Prix Marcel Duchamp 2009 vient de lui être décerné par l’Association pour la Diffusion internationale de l’art français (Adiaf). Pour couronner cette récompense, l’artiste bénéficiera d’une exposition à Paris, en septembre prochain, à l’Espace 315 du Centre Pompidou.

 

Avez-vous toujours voulu être artiste ?
 
Saâdane Afif : Pas vraiment, je devais avoir 18-19 ans quand j’y ai pensé. Même si j’ai côtoyé l’art assez tôt, c’était un peu par hasard. Evidemment, j’ai été influencé par des rencontres, des lieux, des souvenirs. Mais cela me semble tellement évident que j’ai un peu de mal à le dire. A Paris, ma tante habitait Ménilmontant, sur la ligne Mairie des Lilas-Châtelet. Tout gosse, je venais lui rendre visite de province et j’aimais prendre le métro pour aller à Beaubourg en descendant de la Place des Fêtes jusqu’à la station Rambuteau. Le Centre Pompidou, c’était gratuit pour les moins de 16 ans, avec cette espèce d’agora où l’on assistait à des joutes verbales entre des personnages un peu curieux. Ensuite, je montais au Musée national d’art moderne. Un peu plus tard, j’ai suivi les Beaux-Arts pour faire du décor de théâtre. Finalement, j’ai préféré travailler par moi-même. Etre artiste, c’est une décision, une énergie qu’il faut avoir pour se confronter avec son travail au monde extérieur.
 
Considérez-vous l’espace de l’exposition comme votre format de création privilégié ? 
 
En règle générale, je réalise des projets inédits, en développant des champs conceptuels très ouverts. D’où mon besoin de connaître à l’avance les lieux où je vais exposer. Sans être un cadre totalement identifié, l’espace de l’exposition m’intéresse comme un environnement d’accueil privilégié pour mes formes de narration. C’est également un format particulier, pour lequel je travaille beaucoup en amont, et spécialement à la préparation d’éléments qui viendront se réaliser dans l’espace même de l’exposition. Dans ce sens, c’est un champ plastique dans lequel je projette mes histoires, qui est devenu l’objet de ma propre recherche créative. D’ailleurs, je crois que j’arrêterais de travailler si l’on ne me proposait plus d’expositions.
De quelle manière votre œuvre s’appuie-t-elle sur des espaces non seulement visuels mais aussi sonores ?
Le son, la musique, ce sont aussi des espaces de construction, des vecteurs de représentation. Ce qu’est l’idée de composer un morceau par exemple, le fait qu’une chanson ait un sujet, etc. C’est une forme d’abstraction qu’on peut entendre, sans avoir à la comprendre absolument. On n’explique pas une chanson. Mais le plus souvent, on voudrait tout savoir, tout connaître. C’est un peu dommage… La part de l’art, la part de poésie de l’art, c’est ce mystère-là justement, ce questionnement, cette façon dont on utilise ses propres mots, ses propres émotions, pour les restituer dans sa propre culture. Au final, le système de production musicale me permet de traduire ces questions de manière plastique et visuelle.
 
Vous considérez-vous comme un artiste minimaliste ?
 
Personnellement, je me sens plus proche du « Ceci n’est pas une pipe » de Magritte. Le fait de commander des écritures de chansons et pas des textes théoriques, c’est un peu pareil. Pour offrir une vibration poétique, sans avoir à expliquer une œuvre, mais juste en racontant une histoire à travers celle-ci. C’est encore la question du sens qui est posée, de manière à ce que chacun puisse l’intégrer avec son propre ressenti. Tout cela sert une métaphore assez simple, qui tourne finalement autour de la question de l’art : qu’est-ce que l’art, qu’est-ce qu’il peut provoquer ?
 
Et que peut-il provoquer selon vous ?
 
C’est toujours un problème de perception, de qualité de perception, cette façon dont on intègre la question de l’art. Pour moi, l’artiste pose des jalons, et tend à guider le regard de l’autre. Même s’il n’en a pas la maîtrise complète. (…)

 

Renaud Siegmann , le 12 Janvier 2010

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