Entre la beauté et l’émotion, son œuvre s’impose par sa force et sa sincérité. Artiste iranienne diplômée de l’université de Berkeley (Californie), Shirin Neshat vit et travaille aujourd’hui à New York. Expatriée aux USA dès 1974, elle retourne sur sa terre natale à l’âge de 33 ans. Un choc ! En raison des bouleversements de la Révolution islamique sur son pays. Mais aussi des conditions de vie des femmes, qu’elle découvre au sein d’une société placée sous l’autorité des mollahs. Loin des représentations schématiques, ses objectifs artistiques ne se veulent pas pour autant polémiques, son travail interrogeant d’abord les dimensions psychologiques et religieuses qui constituent l’identité des femmes musulmanes.
Photographe engagée, Shirin Neshat s’est ainsi fait connaître à travers ses autoportraits intitulés Unveiling (1993) où l’artiste revêtue du tchador ne montrait que ses yeux, ses mains et ses pieds – seules parties que les femmes sont autorisées à exposer en public selon la Charia –, et qu’elle recouvrait de calligraphies farsi. Avec Women of Allah (1994-97), elle développera ses réflexions sociales et politiques, révélant, au-delà de l’ambiguïté critique, la poétique et le pouvoir du voile. En 1996, Shirin Neshat décide de se consacrer à la vidéo. Ce qui donne Anchorage et l’année d’après Shadow under the web. En 1998, sa première installation majeure met en scène deux écrans face à face. L’un montre un homme entonnant une chanson d’amour devant un public masculin qui l’applaudit à la fin de sa mélopée. L’autre, une femme voilée psalmodiant une étrange mélodie ponctuée de gémissements devant une salle vide. En 1999, Turbulent remporte le Lion d’or à la 49e Biennale de Venise.
Les tourments de la sexualité
Suivront d’autres créations à projection double : Soliloquy, Fervor ou encore Rapture avec pas moins de 250 figurants. Et puis d’autres prix : celui du meilleur projet du salon d’art contemporain de Madrid (Arco), ceux du Festival International d’Edimbourg et de la Biennale de Kwang-ju en Corée du Sud. En 2003, Shirin Neshat, qui vient d’obtenir le First Annual Risk Takers in the Arts Celebration du Sundance Institute de New York, débute son cycle Women without men. Au total, cinq vidéos inspirées des cinq nouvelles du roman de l’auteur iranienne Shahrnush Parsipur, à l’origine de cinq personnages féminins pris dans les tourments de la sexualité. Mahdokht, Zarin, Munis, Faezeh, la cinquième femme accueillant les quatre précédentes dans un verger aussi magique que mystérieux. En rappelant qu’ils furent tournés au Maroc et co-produits par les galeries Jérôme de Noirmont (Paris) et Barbara Gladstone (New York).
Renaud Siegman
, le 20 Octobre 2009
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