Art émergent, collection automne-hiver ?
Meryem Sebti
Pour ce troisième numéro, diptyk s’offre un moment privilégié, de ceux qui marquent la jeunesse, orientent les pas, donnent des grilles de lecture, valident les choix. Dans son bureau parisien, entretien matinal avec Marc Blondeau. L’homme est ultra influent mais discret. Et sa trajectoire - président de Sotheby’s France, conseiller de l’homme d’affaires François Pinault, à la tête de BFAS Blondeau Fine Art Services à Genève - en fait aujourd’hui un observateur attentif et passionné de l’art contemporain, mais avant tout le « tendanceur » de notre époque. Blondeau achète un artiste ? Blondeau se rend à une exposition ? Blondeau boude une vente ? Chacun de ses gestes oriente le marché. diptyk en a profité pour le questionner abondamment sur la crise, le rôle des foires qui se multiplient partout sur la planète, et sur les configurations régionales de l’art émergent : art indien, chinois, art arabe...
Que nous apprend-il ? Quelle que soit l’époque, seuls les plus créatifs parmi les artistes, les précurseurs, « ceux qui ont ce quelque chose en plus » laissent une empreinte : douze artistes tout au plus ont cette capacité de projeter quelque chose de vraiment nouveau. Et l’art émergent, appellation réservée à la production des jeunes artistes de moins de 40 ans, celui qui s’expose de saison en saison dans les foires, celui que nous suivons dans nos pages, n’échappera pas à la règle. Marc Blondeau ose une métaphore empruntée à la mode, avec la pédagogie des grands maîtres : dans un marché définitivement livré aux tendances et orchestré par de jeunes acheteurs pressés, il nous faut apprendre à distinguer le prêt-à-porter de la haute couture.
L’actualité que relaie diptyk en cet automne donne raison à cette leçon de choses. Des œuvres de Kees Van Dongen ou Irving Penn, auxquels nous consacrons des pages dans notre cahier marché, ont atteint des prix records cet automne. En cette période de repli sur les valeurs sûres, cette sanction positive du marché indique que ces deux artistes ont été de ceux qui avaient « quelque chose à dire » à leur époque. Avant-gardiste, Van Dongen a su malmener les spectateurs endormis du début de siècle, dans une palette violente qui manifeste déjà ce « tachisme fauve » et qui restera l’un des traits dominants de son œuvre. De même, le photographe Irving Penn n’a-t-il pas su imposer son art de sublimer les objets les plus triviaux et expérimenter les techniques de tirage les plus subtiles ?
Alors, revenons à notre actualité. Qui sont les grands artistes de notre époque ? Qui sont ces douze hommes en colère ? Ceux dont on aura le plus parlé, qui font le « buzz », qui ont remporté des prix, ceux pour qui le marché s’emballe ? Ou ceux, plus discrets, peut-être passés inaperçus, qui profiteront de la décantation ?… diptyk n’est pas là pour en juger mais pour se faire l’écho de son époque, nous qui sommes soumis au même flot tumultueux, et au même jeu subtil des tendances.