MARCHE DE L'ART
Antonia Carver, directrice
d’Art Dubai
© Courtsey Art Dubai
« Le message que j’entends de la part des collectionneurs, c’est qu’ils sont prêts pour l’art international »

Shezad Dawood, Black Sun, 2010, Neon, 110 cm diameter, Courtesy The Third Line, Dubai


SWOON, Indian Girls, 2010, 187 x 175cm, hand-painted blockprint on Mylarga, courtesy galerie L.J., Paris_small


Wael Shawky, Cabaret Crusades, The Horror Show File, 2010, Fig #073, Ed5 + 2ap, courtesy Sfeir Semler,Hamburg, Beirut_small

Après avoir collé aux attentes régionales, cette année, Art Dubai, qui aligne plus de soixante-quinze exposants, présente un bon mix de galeries locales et internationales parfois très pointues.
Nouvelle Babylone du Moyen-Orient, Dubaï a failli connaître une grandeur et décadence biblique. La bulle hérissée de grues s’est lézardée avec la récession. Foudroyante, la crise immobilière a stoppé tous les projets pharaoniques, notamment les trois fameuses îles artificielles. L’un des principaux entrepreneurs de Dubaï, la société Nakheel, a licencié en 2008 10 % de son personnel. L’émirat, qui prétendait faire cavalier seul, se repose désormais sur l’aide d’Abou Dhabi, qui lui a imposé de réduire ses frasques et son libéralisme… Dubaï y a laissé des plumes, mais, aujourd’hui, elle est sortie de la tourmente, en se concentrant moins sur l’immobilier que sur les services, en développant aussi l’infrastructure locale. Si la galerie Basement a tiré le rideau, toutes les autres ont tenu bon. De nouvelles structures ouvriront même en mars, à l’instar d’Etemad et de Lawrie Shabibi. Fin janvier, un centre d’art et de loisirs baptisé Pavilion a également ouvert ses portes. Pour preuve aussi l’excellente réussite de la vente de la collection de l’Egyptien Mohamed Said Farsi, organisée en octobre dernier par Christie’s. A cette occasion, la maison de ventes a décroché le record de 2,5 millions de dollars pour une toile de Mahmoud Saïd. Cette vacation a surtout permis à Christie’s de faire grimper son chiffre d’affaires à Dubaï de 117 % par rapport à 2009. « Dubaï survit à la crise. Les gens continuent à vivre, à dépenser leur argent », observe Isabelle de la Bruyère, spécialiste de Christie’s.
DES COLLECTIONNEURS LIBANAIS TRES ACTIFS
C’est donc dans un contexte d’accalmie que se déroulera la foire Art Dubai du 16 au 19 mars. L’an dernier, le salon avait pris un tour très local et collé davantage aux attentes actuelles de la région, en montrant majoritairement de la peinture classique arabe ou indienne. Cette année, changement de régime. Sous la houlette de la nouvelle directrice, Antonia Carver, ancienne rédactrice de la revue Bidoon, la foire offre un bon mix de galeries du cru et internationales. On s’étonne même de l’arrivée de quelques galeries internationales très pointues comme la New-Yorkaise Marianne Boesky, les Londoniens Pilar Corrias et the Hotel, le Berlinois Johann König ou la Parisienne Fabienne Leclerc - In situ. La tenue simultanée de la Biennale de Sharjah explique partiellement l’arrivée de certaines de ces galeries. Ainsi, Fabienne Leclerc et la New-Yorkaise CRG montreront des œuvres de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, un duo présent dans le même temps à Sharjah. Pilar Corrias compte dans son escarcelle Tala Madani, véritable star à New York, et Shahzia Sikander, des artistes capables d’intéresser la clientèle aussi bien iranienne qu’indo-pakistanaise. Mais surtout, ces galeries voient dans Art Dubai une porte d’entrée pour l’Asie au sens large. Ainsi la Parisienne Nathalie Obadia, qui présentera notamment Rina Banerjee, mise-t-elle beaucoup sur les collectionneurs libanais, particulièrement actifs dans la région. Une clientèle que connaît bien la galerie Sfeir-Semler, vétéran d’Art Dubai.
LES LOCAUX SONT-ILS PRETS POUR L’INTERNATIONAL ?
Toute la question sera de voir si les collectionneurs locaux succomberont aux œuvres des artistes occidentaux. Dès la première édition, les ventes furent maigrelettes voire inexistantes, sauf pour les galeries indiennes qui avaient profité de l’afflux de visiteurs du sous-continent. « Le message que j’entends de la part des collectionneurs, c’est qu’ils sont prêts pour l’art international », affirme Antonia Carver. Un point de vue que partage la galeriste de Dubaï Isabelle van den Eynde, qui constate aussi une recrudescence d’acheteurs internationaux à Art Dubai. Elle n’en constate pas moins que le marché intérieur reste encore embryonnaire. « Au niveau des collectionneurs, il faut admettre que le marché ne connaît pas une croissance dans les mêmes proportions. Cela signifie clairement, pour l’ensemble des galeries de Dubaï, que leur avenir se trouve dans l’exploration du marché international », confie la galeriste Isabelle van den Eynde, qui effectue plus de 70 % de son chiffre d’affaires avec l’étranger. Pour la Parisienne Almine Rech, qui a passé son tour cette année, préférant tester la foire Abu Dhabi Art en novembre dernier, le marché moyen-oriental n’en est qu’à ses prémisses. « Je pense que ces plateformes seront plus intéressantes dans quelques années, quand les musées sortiront de terre », indique-t-elle.
ROXANA AZIMI
, le 1 Février 2011

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