Les foires du premier trimestre ont montré un redémarrage progressif du marché mais, à trop vouloir éviter la prise de risques, elles ont perdu en qualité.

Kader Attia,

Kader Attia
Série Rocher Carré,
2009,
Prix de chaque
photo 14 000 $

Farhad Moshiri,
Farhad Moshiri, Think, 2009, 250 000 $
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Moje Assefjah,
Moje Assefjah, Raksch II, 2009, 6 600 $ la photo
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Chant Avedissian,
Chant Avedissian, Al Watan Al Arabi, 2008, 200 000 $
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Latifa Echakhch, Dérives 2
Latifa Echakhch, Dérives 2, 2009, acrylique sur toile, 200 x 150 cm 12 000 €
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Mona Hatoum,
Mona Hatoum, Worry beads, 2009, bronze patiné et acier doux, 150 000 €
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Kader Attia,
Kader Attia, Série Rocher Carré, 2009, Prix de chaque photo 14 000 $
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Rina Banerjee,
Rina Banerjee, Upon civilizing home an absurd and foreign fruit grew, ripened, made food for the others , grew snout, tail, and appendage like no other, 2010, 30 000 €
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Sara Rahbar,
Sara Rahbar, Flag 38, 2009, 28 000 $
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Susan Hefuna,
Susan Hefuna, Nothing, 2009, 35 000 €
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Nicholas Hlobo,
Nicholas Hlobo, Unotshe okwempundu zelawu, 2009, Prix: 18 000 €
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Véritables supermarchés de l’art, les foires s’apparentent parfois à la grande épicerie fine où les produits, luxueux, sont sélectionnés avec soin. C’est le cas de la Foire de Bâle qui se déroulera du 16 au 20 juin. Mais parfois, les salons relèvent davantage de la grande surface avec ses rayons plus ou moins désirables ou abordables et ses « têtes de gondoles ».

 

Cette année, comme à l’accoutumée, la ronde des salons a commencé en février dernier avec l’ARCO à Madrid. Créé en 1982, l’événement a longtemps joui d’une grande énergie, un peu brouillonne il est vrai. Pendant des décennies, il a permis de découvrir la création espagnole, mais aussi de nouer un lien avec le monde latino-américain par le biais de la fameuse section des pays invités, où se sont succédé aussi bien le Mexique que le Brésil. Bien avant ses concurrentes, la manifestation a aussi mis en place des forums et des tables rondes pour traiter des grandes questions du milieu de l’art. Mais l’ARCO connaît aujourd’hui une crise d’identité. Elle a perdu la jeune création et l’axe sud-américain, récupéré par la foire Art Basel Miami Beach, organisée tous les ans en décembre. Certes, au détour des stands, on a pu voir quelques signatures célèbres, avec un grand mobile d’Alexandre Calder pour 1,2 million d’euros à la galerie madrilène Elvira Gonzalez, ou une sculpture de Tony Cragg vendue pour 200 000 euros par le marchand autrichien Thaddaeus Ropac.
 
Révélation africaine à Madrid
 
Cette année, les organisateurs avaient misé non pas sur un pays mais sur une ville invitée, Los Angeles. Un choix qui, sur le papier, ne manquait pas de sens : la mégapole californienne est réputée pour son bouillonnement créatif et sa relation avec la culture « chicano ». Le hic, c’est que certaines des meilleures galeries ne sont pas venues. Du coup, le panorama offert par cette plateforme était fade et décevant. Même les bonnes galeries du cru étaient venues sur la pointe des pieds, sans amener des œuvres à la mesure de leur réputation. Côté Moyen-Orient, les photos de l’Iranienne Shirin Neshat siégeaient en majesté sur le stand de la galerie La Fabrica, tandis que les Palestiniennes Mona Hatoum et Emily Jacir se déployaient chez Alexandre Bonin (New York). Des découvertes du côté de l’Afrique, avec un remarquable artiste sud-africain, Nicolas Hlobo, présenté par la galerie Michael Stevenson qui a d’ailleurs vendu plusieurs pièces de ce jeune artiste très recherché depuis sa participation à la Biennale de Liverpool.
 
Le commerce fut à l’aune de la qualité générale : mou. Certes, les grandes galeries ibériques qui jouent à domicile ont tiré leur épingle du jeu. La galerie madrilène Pepe Cobo a fait un carton avec l’artiste Monica Fuster dont elle a vendu deux pièces à la Fondation Telefonica. Pour les exposants étrangers, en revanche, les affaires furent plus dilatées, voire inexistantes. Certains, comme la galerie Guy Bärtchi, ont sauvé la mise à la dernière minute, à deux heures de la fin du salon. Les foires relèvent parfois du funambulisme !
 
Le marché relève la tête à New York
 
La transhumance annuelle nous a conduit en mars à New York pour visiter l’Armory Show. L’occasion était parfaite pour prendre le pouls du marché américain. Même si beaucoup de grands marchands new-yorkais avaient déserté le salon, on espérait beaucoup de la forte participation européenne, notamment du focus consacré aux galeries berlinoises. Car Berlin est l’une des capitales les plus effervescentes sur le plan artistique. Pourtant, comme à Madrid, la déception était au rendez-vous. Peu de galeries avaient fait des efforts d’originalité ou d’audace. On a toutefois remarqué le très beau solo show de l’artiste d’origine indienne Rina Banerjee chez Nathalie Obadia, ou encore les troublantes photographies de Miroslav Tichy chez le galeriste Tchèque Jiri Svetska. Le Maghreb apparaissait dans les interstices, avec Mounir Fatmi chez Ghislaine Hussenot, ou Kader Attia chez Noga Gallery of Contemporary Art. La superstar iranienne Farhad Moshiri prenait pied quant à lui chez Emmanuel Perrotin.
 
Côté transactions, le marché a effectivement repris du poil de la bête. Certaines galeries américaines, comme Sean Kelly, ont vendu la quasi-intégralité des pièces présentées. Evidemment, les petits prix attirent davantage les collectionneurs en temps de crise. Ainsi, la galerie new-yorkaise David Zwirner a cédé en un tournemain une quarantaine de polaroids de l’artiste Philip-Luca di Corcia pour 4 000 dollars pièce. Les petits tableaux de Will Fowler proposés par Kordansky valaient tout juste 6 800 à 7 000 dollars. Du coup, certains donateurs du MOMA (Museum of Modern Art) n’ont pas hésité à ouvrir leur portefeuille.
 
Un voile de classicisme à Dubaï
 
Après l’Ouest, grand saut vers l’Est pour visiter la foire Art Dubai, organisée aussi en mars. Avec la défection de quelques galeries occidentales, la foire s’est vraiment axée sur les artistes du Maghreb et du Moyen-Orient, à l’inverse de la foire Abu Dhabi Art, laquelle s’était, en novembre dernier, concentrée sur les grosses pointures occidentales. Ce repositionnement d’Art Dubai était aussi inévitable que salutaire. Car, avant de prétendre créer un marché international, il faut fortifier le terreau local et faire œuvre de pédagogie dans une région où l’art n’est pas intégré dans les mœurs. En quatre ans, au contact de leurs consœurs plus aguerries, les enseignes de la région ont appris pas mal de choses. On a notamment remarqué de vrais progrès en matière d’accrochage chez les galeries du cru. Même si la qualité n’était pas partout au rendez-vous, on a relevé, parmi les bonnes surprises, le solo show de Chant Avedissian chez la londonienne Rose Issa Projects, et l’immense dentelle métallique de l’Africain El Anatsui chez October Gallery de Londres.
 
des ventes timides
 
Un voile de classicisme s’est toutefois abattu sur la foire, où les prises de risques ont été moins nombreuses que l’an dernier. Certaines œuvres jugées politiques ou offensantes ont même été retirées prestement des cimaises avant le passage du cheikh Mohammad Bin Rashid Al Maktoum.
 
Question commerce, les ventes furent, comme sur toutes les foires, à deux vitesses, et plutôt lentes au démarrage. Hormis la vente d’un tableau du Pakistanais Sadquain Naqqash à 200 000 dollars chez Grosvenor Vadhera, la majorité des transactions se sont échelonnées entre 4 500 et 20 000 dollars. Certaines galeries se sont toutefois bien défendues. Anciennement baptisée B21, la galerie Isabelle Van den Eynde a vendu des pièces aussi bien de Jeffar Khaldi que de Narguess Hachemi. Basée à Hambourg et à Beyrouth, Andrée Sfeir Semler a cédé quelques œuvres de Timo Nasseri. Carbon 12 de Dubaï s’est dessaisie d’une pièce de la star iranienne actuelle, Sara Rahbar, pour 28 000 euros, auprès de la Sheikha Paula Al Sabah du Koweït. La galerie londonienne Paradise Row s’est aussi défaite de quelques petites sculptures de son solo show efficace de Mounir Fatmi. Un collectionneur émirati, Sultan Sood Al Qassemi a, quant à lui, emporté une toile de Ghada Amer pour 160 000 dollars à la galerie Dirimart d’Istanbul. Cette œuvre rejoindra une collection déjà riche de deux cents pièces et dont une partie est exposée dans le nouveau centre d’art baptisé Maraya à Sharjah.
 
 
Roxana Azimi , le 14 Avril 2010

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