Difficile de ne pas revenir sur la première édition de Marrakech Art Fair, événement majeur de l’automne 2010. Ce fut une foire certes, avec ses contraintes marchandes et son aspect proprement spectaculaire, où on a mesuré à nouveau l’extraordinaire capacité des Marocains à accueillir leurs hôtes, un « spectacle » où les participants s’intéressent bien sûr à l’affluence et aux ventes réalisées mais aussi aux réelles propositions artistiques, en particulier celles des artistes marocains pour qui elle fut une vitrine de tout premier ordre. Une foire où les échanges entre professionnels et la confrontation des artistes eurent bien lieu et qui fut en cela une magnifique réussite.
Des artistes marocains (pourquoi faire une distinction entre ceux qui vivent ici et à l’étranger ?) ont montré une vitalité qui sera de plus en plus reconnue sur la scène internationale, et l’intérêt nouveau que leur portent de grandes institutions internationales en est le signe. Dans cette postmodernité où les « grands récits » sont épuisés, ils ont un nouveau récit à écrire, libre de toute influence, audacieux, inconvenant, inattendu, et ils sont prêts, armée de noms que Mohamed El Baz étiqueta et aligna sur de fines étagères dans le hammam du Musée de Marrakech.
Confrontation des œuvres
Un récit qui pour certains est déjà à l’œuvre et qui n’a pas fini de nous tenir en haleine, et pour d’autres devra se libérer encore de ce qui le retient dans la timide et délicieusement schizophrène opposition entre tradition et modernité. Mais qu’on ait pu voir, à quelques stands de distance, les « Delft » sur lames de scies rondes du belge
Wim Delvoye (1988),
galerie Guy Pieters, et les calligraphies coraniques sur ces mêmes lames de scies du Marocain
Mounir Fatmi (Machinery 2009)
galerie Hussenot Paris, n’est pas sans signification, même si la question des influences est posée.
Qu’on ait pu voir l’étonnante pièce du russe Andrei Molodkine, un signe dollar se remplissant de pétrole à l’aide d’une pompe (
galerie Orel art Paris) confrontée à celle de
Zakaria Ramhani, une inclusion de billets de banque dans le nom d’Allah (Sans titre 2010,
galerie Atelier 21 Casablanca) n’est pas anecdotique. Voir sur les photographies de Lalla Essaydi (galerie Tindouf Marrakech), celles de
Shirin Neshat (
galerie de Noirmont Paris) ou de
Seydou Keïta (African stories) ces femmes à la peau calligraphiée ou fondues dans le décor, est bien le signe que l’époque est traversée de questions qui trouvent ici et au même moment leur expression dans l’art.
Extraits de
Retrouvez le texte intégral sur diptyk n°8, décembre 2010/janvier 2011.
BERNARD COLLET
, le 1 Décembre 2010
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