Dans un climat général un peu anxiogène, la foire Arts Brussels a connu une activité calme, nonobstant une appétence pour la découverte d’artistes africains.
En dépit de la crise mondiale, pouvait-on compter sur les collectionneurs belges, réputés très actifs, pour booster les ventes des 136 galeries d’Art Brussels (23- 26 avril) ? La foire belge présentait une 42e édition resserrée, avec 18% d’exposants en moins. Une bonne vingtaine d’artistes originaires du continent africain y montrait leurs travaux. Plusieurs transactions se sont concrétisées pour des tableaux du Malien Amadou Sanogo et des grands dessins sur toile du Congolais Houston Maludi (entre 10 000 et 24 000 €) sur le stand de la galerie française Magnin-A. Bilan satisfaisant également pour le Parisien Christophe Person, lequel a cédé de grands tableaux abstraits de l’Éthiopien Addis Gezehagn (à partir de 15 000 €), des photos peintes du Camerounais Arnod Fokam et des grands dessins du Belgo-Malien Thiémoko Claude Diarra (entre 2 000 et 4 000 €). Bien que cela fut sa première participation à la foire, son ancrage à Bruxelles où il a ouvert un 2nd espace en juin 2025 a facilité les accointances locales.

Présentés pour la première fois en Belgique par la galeriste parisienne Lara Sedbon, les tableaux de la Française Rebecca Brodskis dont l’enfance au Maroc a fortement imprégné son travail, a connu beaucoup d’attention, bien que freiné dans les ventes par son niveau de prix (15 000 à 45 000 €). Mais des acquisitions étaient en cours à la clôture de la foire, dont une peinture auprès d’une institution locale. Chez Sorry We’re Closed (Bruxelles), deux sculptures en terre cuite de la Sénégalaise Seyni Awa Camara (décédée en 2025), connues en Belgique pour avoir été exposée par l’ancienne galerie bruxelloise Baronian ont été rapidement emportées, en raison de sa présence cette année à la Biennale de Venise dans l’exposition de Koyo Kouoh.Une foire lente
On comptait sept solos shows d’artistes africains ou de la diaspora à la foire, à commencer par la Tunisienne Ymen Berhouma, représentée par Aicha Gorgi (Sidi Bou Saïd). Invitée à participer à la nouvelle section « Horizons » curatée Devrim Bayar (conservatrice en chef au Kanal–Centre Pompidou à Bruxelles), elle est la seule galerie du continent à avoir tenté l’aventure belge. Six œuvres sur papier illustrant des fragments de vie de femmes à travers les expériences personnelles de l’artiste sont rapidement parties (entre 450 et 8 000 €). Les sculptures et structures en terre, bois et métal chargées de spiritualité du Togolais Ferdinand Kokou Makouvia ont créé beaucoup de curiosité à la galerie Sator (Paris). Mais seuls les dessins ont été décrochés à 3 000 €. Idem à la galerie Dix9 (Paris) où le public a découvert avec émerveillement les grandes œuvres murales composées de blisters de médicaments par la jeune Kwama Frigaux, d’origine ghanéenne. Or ce sont les petites broderies d’opercules de plaquettes de médicaments insérés entre deux voiles d’organza, dans des cadres rappelant la peinture flamande, qui ont trouvé preneurs à 3 000 € pièce. Après avoir cédé quelques petites pièces du Camerounais Jean David Nkot à prix modéré, la galerie Afikaris (Paris) constatait « une foire lente » où les gens se montrent enthousiastes, mais prennent leur temps. Fort d’une exposition de la Mozambicaine Euridice Zaituna Kala à l’espace bruxellois La Loge, la galerie Anne Barrault (Paris) a pu vendre deux installations sculpturales, dans une ambiance jugée « très calme ».
Armelle Malvoisin

Galerie Sorry We’re Closed (Bruxelles)

Opercules de plaquettes de médicaments insérés par broderie sur organza de soie, 52 x 58 cm.
Galerie Dix9 (Paris)

Galerie Sator (Paris)

Aquarelle et acrylique sur papier Canson, 65 x 50 cm. Galerie Aicha Gorgi (Sidi Bou Saïd)

Galerie Christophe Person (Paris, Bruxelles)