L’exposition Hiwar rassemble en Tunisie des artistes de diverses origines et les invite à dialoguer par le biais de la vidéo, la photo, l’installation, la peinture et la performance.
Amalgam est l’évènement qui unit les deux artistes tunisiennes Meriam Bouderbala et Raja Aissa. Les œuvres qu’elles présentent sont nourries du legs et du symbolisme de la tradition arabo musulmane. D’un côté la poésie de Mahmoud Darwich faufile dans des drapés blancs qui révèlent des silhouettes sans chair, et d’un autre, les ornements arabo musulmans, chers aux fresques abbassides et fatimides, s’imposent magistralement sur un tracé d’odalisques finement élaborées.
Il y a t-il un récit codifié à l’interdit de la représentation du corps ou faut t –il lire entre les vers de la poésie ou les arabesques ?
Dans l’œuvre de Meriam Bouderbala, le corps est omni présent. Dans certains cas, il se révèle sans chair et fait appel à des images de femmes entre le mort et le vivant, comme engendrée par le vide : « mon parcours est une tentative d’échapper à une alternative que je refuse. Je veux retrouver ce point où la figure humaine est à la fois de chair et de signe ».
L’artiste traduit « l’amalgam » par deux séries, la première est celle des Bédouines, qui évoquent l’intimité du corps tout en transgressant les normes esthétiques et les divers conformismes. Ici, les corps et les étoffes s’entremêlent et révèlent divers sujets comme le questionnement critique de l’orientalisme et particulièrement des fantasmes projetés sur la femme orientale et sa condition dans le monde arabe.
A travers la deuxième série, intitulée « femelle palimpseste », Bouderbala fait disparaître les corps en ne laissant que des silhouettes évanescentes aux contours fluides. L’artiste accentue l’image de la femme fantôme par des vers fragmentés d’un poème de Mahmoud Darwich intitulée ‘’ Sur cette terre, à l’ombre des mots ’’. L’esthétique recherchée est comme un jeu des miroitements fragmentés de nos identités.
Si Bouderbala a utilisé le voile pour dissimuler la chair, Raja Aissa le manipule pour dévoiler cette même chair dans sa complexité et son mystère. Le corps de la femme se dérobe et se transforme en "étoffe sacrée". L’artiste rajoute un voile, qui devient un écran entre nous et les autres, révélateur troublant qui établit le rapport entre l'intérieur - ou le caché et l'extérieur ou le visible : toute une démarche influencée par la philosophie soufie.
Dans la série "néo-odalism-amalgam" l'artiste dessine la silhouette d'une femme, à l'image de l'odalisque, puis, elle l'associe à un ornement arabesque dont l'éclatement plonge ses tableaux dans une atmosphère tendue entre révolte dynamique et apaisement : « j'établie des correspondances qui explorent les tensions de notre société dont les contradictions labyrinthiques pourraient se résoudre non pas par une codification figée ni par une logique rationnelle mais plutôt par le pouvoir unificateur du Sublime.
Enfin, Chaque toile de Raja renferme un symbole de la vie moderne, et fait référence à l'accessibilité immédiate de toutes les cultures et les lieux qui sont maintenant l'éveil des identités ethniques et religieuses.
Texte de Khadija Hamdi
