Aboudia, le peintre qui dynamite le marché

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À 41 ans, Aboudia Abdoulaye Diarrassouba est devenu la coqueluche des collectionneurs. Ses toiles s’arrachent à Marrakech, Londres, Paris, New York et même à Hong Kong et Pékin. L’agitation est telle que le prix de ses œuvres a été multiplié par dix en moins d’une décennie. Le 26 octobre dernier, trois de ses toiles trouvaient acquéreurs lors de la vente « Génération 21 » organisée par Artcurial.

Comment cet artiste d’origine ivoirienne, qui vit et travaille entre Brooklyn et Abidjan, a-t-il conquis si vite le coeur des collectionneurs du monde entier ? Et pourquoi ses oeuvres enflamment-elles les enchères à ce point ? Aujourd’hui, la moitié de ses toiles sont valorisées à plus de 50 000 $ pièce aux enchères, avec des poussées de prix allant jusqu’à 500 000 $ et au-delà ! Pour comprendre la mécanique d’un tel engouement, il faut revenir quelques années en arrière. Aboudia Abdoulaye Diarrassouba naît en 1983 à Abengourou, une petite ville de Côte d’Ivoire située à 200 kilomètres de la capitale financière du pays, Abidjan. Intéressé par l’art dès son plus jeune âge, il remporte, à 15 ans, un concours intitulé « Dessine-moi ton rêve ». Enhardi par cette approbation, il décide de poursuivre son rêve et d’étudier l’art, malgré la ferme opposition de son père. Livré à lui-même et confronté à des difficultés financières, il s’inscrit à l’École des arts appliqués de Bingerville en 2003 pour se perfectionner en peinture murale. En 2005, il sort diplômé de l’Institut des arts d’Abidjan.

Les années qui suivent sont difficiles, Aboudia ne trouvant pas d’écho favorable auprès des galeries. Mais il va bientôt se révéler en déployant toute son énergie créatrice, au moment où éclate la deuxième guerre civile en mars 2011, suite à la dissension entre les fidèles de Laurent Gbagbo et les partisans du président élu Alassane Ouattara. Témoin de carnages perpétrés à côté de son studio, Aboudia sublime la terreur et réalise 21 toiles de grande échelle représentant des corps humains éparpillés parmi des fusils, des crânes, des bâtiments rasés. La puissance évocatrice de ses images sur la nature des conflits en Côte d’Ivoire est telle qu’elles sont utilisées par les médias occidentaux pour couvrir la guerre. C’est ainsi que l’oeuvre commence à dépasser les frontières de son pays.

Vendu 500 000 $ Aboudia, Haut les mains (Hands up), 2020, acrylique, collage et pastel à l’huile sur toile, 200 x 199,6 cm. © Christie’s

L’effet « Pangaea »

Rapidement repéré par le galerie britannique Jack Bell, il bénéficie d’un premier solo show à Londres en 2011 où l’on convoque, pour décrire son travail, la vitalité de Basquiat, la force noire de Goya, l’urgence d’un Twombly et la quête d’authenticité de Dubuffet. Trois ans plus tard, Aboudia fait ses débuts aux États-Unis, où il est accueilli par la galerie Ethan Cohen à New York. Nous sommes en 2014, année qui marque un tournant dans la carrière du jeune peintre, dont les oeuvres font également partie de l’exposition collective « Pangaea : New Art from Africa and Latin America » à la Saatchi Gallery de Londres. Le travail d’Aboudia commence à être acheté par certains des meilleurs collectionneurs d’art internationaux.

C’est à cette même époque que survient le premier pic de prix aux enchères : en mai 2014, pendant l’exposition « Pangaea », Bonhams vend à Londres une toile pour 16 000 $ (I remember when all this was trees), or ce prix double les sommes atteintes l’année précédente par l’artiste, alors qu’il était introduit aux enchères par la même maison de ventes. Ensuite, c’est une trainée de poudre : les oeuvres d’Aboudia font de plus en plus parler, sont de plus en plus montrées et les maisons de ventes de plus en plus nombreuses à diffuser son travail : en France avec Millon, Piasa, Artcurial, Cornette de Saint-Cyr ; à Londres où Christie’s et Sotheby’s rejoignent Bonhams en proposant ses oeuvres à partir de 2017. En 2018, Aboudia intègre une vente très courue : « New Now », organisée par Phillips à New York. Sa signature est désormais installée au coeur des ventes les plus suivies par les collectionneurs internationaux d’art contemporain et les prix grimpent d’année en année.

En 2018, Bonhams vend une oeuvre pour 42 000 $. L’année suivante, Piasa cède un lot de dessins pour près de 79 000 $ puis, en 2020, Sotheby’s frappe le marteau à 99 000 $ pour une grande toile. Christie’s grimpe à 223 000 $ en mars 2021, un nouveau seuil de prix auquel vont se conformer plusieurs grandes toiles dans les mois suivants. Un an passe et Christie’s double ce score, avec près de 500 000 $ obtenus pour Haut les mains en mars 2022. Enfin, 607 000 $ sont déboursés en juillet 2022 pour une toile sans titre de 2018. Aujourd’hui, face à la forte demande et à la flambée des prix, plusieurs acquéreurs de la première heure soumettent leurs oeuvres à la loi du plus offrant, empochent des plus-values inouïes et achètent, peut-être, de jeunes artistes encore inconnus sur la scène artistique internationale…

Céline Moine, Artmarket.com

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