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Bruno Nassim Aboudrar : Femmes en situation d’Algérie

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Bruno Nassim Aboudrar, auteur de "Comment le voile est devenu musulman" publié chez Flammarion et professeur à l’Université de la Sorbonne nouvelle et directeur du Laboratoire International de Recherches en Arts (LIRA), décrypte une œuvre.
 

Il y a un tabouret posé sur le sol à damier noir et blanc d’une pièce peinte en bleu, de cette peinture chaulée, biscuitée, pâle, que l’on trouve au Maghreb et difficilement ailleurs. Une pièce banale – ça pourrait être n’importe où – et pourtant sourdement insistante : ça n’est que là, quelque part, en Algérie. Une femme a refusé de s’asseoir, refusé d’être photographiée, comme elle refuse de se soumettre au « voile musulman ». Pour elle, c’est une sujétion, or elle est rebelle. On le sait car, si on ne la voit pas, on l’entend, grâce à un extrait d’interview qui accompagne la photo : « Pour moi, le voile, c’est la signification de la soumission, la disparition face à l’ordre social masculin. Je suis musulmane, oui ! mais je ne veux pas me soumettre au conformisme social. »


Pour la série Révéler l’étoffe, Maya-Inès Touam a invité à prendre place sur le tabouret des femmes algériennes, jeunes, âgées, seules, à deux, à trois (mère, sœurs, amies), voilées ou non, mais qui toutes, musulmanes, sont concernées par le verset 59 de la sourate des Coalisés : « Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de se couvrir de leurs voiles ». À regarder ces images, de vieux souvenirs assaillent l’amateur, qui leur rendent hommage, mais aussi empêchent d’abord d’en saisir l’irréductible originalité. Ce pourrait être le stock revisité d’un de ces photographes de quartier où l’on venait, aux étapes importantes de sa vie, ou avant un départ, se faire tirer le portrait. Ou alors on évoque – le voile l’impose – l’immense enquête du Dr Gatian de Clérambault sur le haïk dans la région de Fès, au début du siècle dernier. Des milliers de clichés où ce passionné de tissus captait les tombés de drapés, les nouements et les fibules, décelant dans leur répétitive variété les derniers avatars vivants du pallium et de la palla des Romains, maîtres avec les Berbères et avant les Arabes de l’Afrique du Nord, ou de l’himation (vêtement fait d’un châle drapé, ndlr) des Grecs. Il y a ce souvenir, certainement, dans l’enquête que mène aujourd’hui Maya-Inès Touam sur le voile en Algérie : dans sa volonté de saisir le phénomène à partir de sa matérialité immédiate. Clérambault photographiait les femmes en haïk debout, souvent devant la porte fermée d’une maison. Touam respecte une distance constante et veut, comme lui, un fond à la fois neutre et local. Mais il ne s’intéressait qu’au haïk, guère aux femmes qui le portaient, et il contraignait celles-ci à se tenir droites comme des portemanteaux pour objectiver leur tenue. Les femmes que photographie Maya-Inès Touam sont libres de leurs attitudes. Là où Clérambault objective le haïk, Touam « subjectivise » le voile – ou son refus. Ici s’arrêtent les parentés qui inscrivent son travail dans une culture photographique très maîtrisée pour faire place à sa profonde originalité. 

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Vous pouvez consulter la suite de cet article dans le numéro #34 de Diptyk disponible en ligne et en kiosque > https://www.relay.com/diptyk/numero-courant-1254.html

Chéri Samba, La vraie carte du monde, 2013, Courtesy Galerie Magnin-A
Chéri Samba, La vraie carte du monde, 2013, Courtesy Galerie Magnin-A
Gohar Dashti, Untitled #2, 2008. Courtesy Museum of Fine Arts Boston
Gohar Dashti, Untitled #2, 2008. Courtesy Museum of Fine Arts Boston
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