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« IL NE SUFFIT PAS DE TRAVAILLER AVEC UNE BOMBE OU UN POCHOIR POUR ETRE UN STREET ARTISTE »

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David Bloch, galeriste à Marrakech et Casablanca, fait le point sur le Street art et ses avatars.

Depuis trois ans, vous proposez dans vos galeries quelques grands noms du Street art international. En passant de la rue à la galerie, ce courant n’a-t-il pas perdu son âme ?
Pour être considéré comme un artiste issu de la culture Street art, il ne suffit pas de travailler avec une bombe aérosol ou un pochoir : ce ne sont que des outils. Il faut avoir un lourd passif d'actions dans la rue, illégales et réactionnaires. Le passage en atelier, puis éventuellement en galerie, est une suite cette expérience et avant tout une rupture artistique. A leurs débuts, les graffeurs n'avaient aucune revendication commerciale. L'anonymat était de mise. Il est surprenant de voir la multiplication d'artistes se revendiquant du Street art qui en utilisent les codes banalisés. Ce travail n'est pas issu de la rue, il n'en a ni la crédibilité, ni la vérité. C’est à mon avis un mélange de codes de la rue mixés à des repères Pop art. Une partie des artistes que je défends est issue de la culture graffiti. Pour autant, graffiti et tag n'ont rien à faire sur une toile ou en galerie. Leur place est dans la rue, le long des voies ferrées et sur le matériel roulant. Mist, Tanc, L'Atlas, Alëxone Dizac, Vincent Abadie Hafez, Steph Cop, Yaze, Remed, Augustine Kofie, etc. sont représentatifs : ils ne font plus de graffiti mais leurs œuvres portent les stigmates de leur vécu.

Est ce que le public marocain est réceptif ? Qui sont les acheteurs et à quel prix ? Est ce qu'ils sont également collectionneurs d'art contemporain ?
Le public marocain est de plus en plus réceptif. C’est pourquoi nous avons ouvert – avec Driss Lahlou – un nouvel espace à Casablanca le 20 février.
Le Street art est définitivement reconnu comme une composante de l'art contemporain. Il reste abordable et représente un très bon investissement potentiel.
 Les tarifs des œuvres vont de 5 000 à 300 000D H, des prix alignés avec ceux de leurs galeries à travers le monde.
Le profil de l'acheteur marocain est aujourd'hui très large, j'ai même des acheteurs qui étaient auparavant uniquement collectionneurs de peinture «traditionnelle » marocaine.
En revanche, je n’ai pas de collectionneurs exclusifs d'art urbain .

Le Street art marocain est-il assez développé pour également rejoindre les galeries ?
Aux États-Unis puis en Europe, les artistes ont mis plus de 15 ans à passer de la rue à la galerie. Le modèle socio-culturel à l'origine de ce mouvement est très différent ici.
Au Maroc, le Street art doit mûrir et se forger une expérience et une identité. Certains street artistes marocains sont très doués, mais ils doivent, je crois, se créer une identité avant de passer en galerie. L'avenir est à eux.
Je vais exposer en 2013 Morran Ben Lahcen, c'est le pionnier ici. Un passionné depuis près de 15 ans.
Je le pousse et il travaille dur pour évoluer du mimétisme vers une réelle identité artistique. Il a surtout eu l'immense intelligence de ne pas céder aux sollicitations du marché avant d'avoir un vrai travail à présenter. C'est tout à son honneur et révélateur d'une passion viscérale.

 

Propos recueillis par Meryem Sebti
 

Nabila Kalache, Sans titre, courtesy du pavillon algérien
Nabila Kalache, Sans titre, courtesy du pavillon algérien
Vue du musée. Photo Baptiste de Ville d'Avray
Vue du musée. Photo Baptiste de Ville d'Avray
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