Tanger lance son festival photo

Porte d’entrée au Maroc pour les voyageurs étrangers, Tanger a été le théâtre des premières photographies du royaume chérifien à la fin du XIXe siècle et n’a cessé d’exercer sa fascination sur les artistes des siècles suivants. Capter l’essence de ce regard et faire résonner l’appel du large, voilà ce que propose la première édition du festival Photo Tanger qui se déploiera dans toute la ville.

S’il est vrai qu’il n’y a pas d’amour, seulement des preuves d’amour, alors Photo Tanger 2026 en est incontestablement une. Pour sa première édition, ce festival international dédié à l’image affiche sa profonde affection pour la ville du Détroit et rend hommage à cette terre de rencontres et de voyages, indéniable muse pour les écrivains et artistes de tous horizons. Composée autour du thème « L’Appel du Large » , cette édition propose ainsi d’aller à la rencontre de Tanger en remontant aux origines du regard que les artistes ont porté sur elle, puis en découvrant la force de son pouvoir évocateur, à travers les époques et les interprétations. Un parcours esthétique autant que symbolique. Une déambulation à travers tous les espaces de la ville, pleinement investie et transformée en « territoire d’expression photographique et d’animation culturelle » , précise Brahim Alaoui, directeur artistique du festival.

Yasmine Hatimi, Souvenir 7, série Les Oiseaux, 2020. Courtesy de l’artiste

L’exposition « Tanger, pourquoi Tanger ? » invite dans un premier temps à mieux faire connaissance. À travers ce parcours historique, proposé à la Fondation pour la Photographie, le festival présente une vision « mythique » de la ville. Celle des « premiers photographes voyageurs qui ont mis le pied à Tanger dès 1880, découvrant un visage de la ville qui n’existe plus », soulignent les curateurs Marie Moignard et Daniel Aron. Des clichés surannés de Cecil Beaton et des scènes quotidiennes de Harry Gruyaert côtoient les pages intimistes des albums de familles tangéroises du début du XXe. Plus de cent ans d’histoire où la rigueur documentaire se pare d’une sensibilité intacte. La rencontre avec la ville se fait plus insolite sous le regard de « l’arpenteur de Tanger ». L’exposition de Rachid Ouettassi, à la Galerie Dar D’art, retrace ainsi près de deux décennies de mémoire visuelle. Les clichés de ce chasseur d’images conjuguent librement plaisir esthétique et matière ethnographique dans des noir et blanc granuleux.

Le voyage temporel devient ensuite géographique et allégorique entre les murs de la Galerie Mohamed Drissi. Quatre artistes y répondent à cet indéfinissable « appel du large » soufflé par la capitale du Nord. On (re)découvre les œuvres de Leila Alaoui, Mohamed El Baz, Youssef Nabil et Yoriyas, qui « partagent avec cette ville un même élan, celui du voyage […], envisagé à la fois comme une expérience intérieure, intime et émotionnelle, et comme une ouverture à la rencontre de l’autre ». Un élan mystérieux qui habite également les images inédites et empreintes de poésie réalisées par Khalil Nemmaoui. Depuis l’espace Tanja Marina Bay, dans le port de la ville, il invite à guetter le retour de l’explorateur portugais du XVe siècle, dans sa série contemplative Waiting for Magellan.

Mounir Raji, Three men in jelleba, série Dreamland, 2017 Courtesy de l’artiste

D’une rive à l’autre, le festival met le cap sur l’Espagne, mise à l’honneur pour cette édition inaugurale. Les œuvres puissantes de la photographe contemporaine Isabel Muñoz nous emportent vers d’autres territoires, plus intimes. Elle explore les potentialités du corps et du mouvement, intenses et infiniment libres. Une vitalité qui entre en résonance avec les démarches artistiques singulières de la jeune scène contemporaine réunie par Photo Tanger. L’exposition « Exister entre les certitudes du monde », à la Villa Harris, leur est consacrée. On y découvre une « jeune génération de photographes marocains dont les trajectoires se déploient entre plusieurs géographies, sans jamais s’y laisser assigner, […] ils produisent des formes qui déplacent les cadres mêmes à partir desquels on regarde », précisent Basma Mansour et Meryem Sebti, commissaires de cette exposition.

Si Tanger s’est affirmée comme un lieu majeur de l’émergence de la photographie au Maroc, cette scène bouillonnante suggère de nouvelles lectures, bouscule les récits dominants et contribue à écrire de nouvelles pages de cette histoire. Pour le directeur artistique du festival, il manquait à la ville du Détroit « un événement culturel fédérateur, à la hauteur de ses ambitions et de son histoire ». Elle avait tout pour cela. Photo Tanger 2026 lui offre enfin ce qu’elle méritait : une véritable déclaration d’amour…

Par Houda Outarahout

Anass Ouaziz, Two men in a tea house, Imilchil Village, série An Atlas Ode, 2024 Courtesy de l’artiste
Yoriyas, Chefchaouen, 2015. Courtesy de l’artiste
Khalil Nemmaoui, série Waiting for Magellan, 2025 Courtesy de l’artiste