L’exposition « La Poétique des formes » consacrée à l’artiste-peintre Mustapha Boujemaoui offre un aperçu trop rapide de 50 ans de carrière.
Par Olivier Rachet
Mustapha Boujemaoui, Les jardins imaginaires, 1988. Mixte sur toile, 130x100cm. Collection privé Youssef Bennani
Les débuts de Mustapha Boujemaoui, né en 1952 à Ahfir dans la région d’Oujda, sont relativement bien connus. Après des études à l’École Nationale des Beaux-Arts de Tétouan, il se rend dans les années 1970 à Bruxelles, puis aux Beaux-Arts de Paris. De cette première période créatrice, l’exposition « La Poétique des formes » que présente la Villa Carl Ficke-Musée de la mémoire de Casablanca, offre un aperçu succinct. L’artiste aime alors recourir à des supports papier ou journal et réalise ce qu’il nomme des « pictocollages », parfois all-over, dans lesquels affleure une poétique du signe en liberté. Difficile de percevoir ce qui se joue alors dans la genèse d’un travail qui frappe pourtant par sa maîtrise des couleurs et son langage abstrait.
Boujemaoui retourne au Maroc en 1982 pour se consacrer à une carrière d’enseignant en arts plastiques, dans un lycée d’Oujda puis au Centre Pédagogique Régional et à l’École Nationale d’Architecture de Rabat. Plusieurs motifs, représentés dans l’exposition, arrêtent alors son attention. Celui de caravanes auquel se consacre notamment une acrylique sur journal marouflé de 1994 rendant hommage à Ibn Battuta. La composition s’appuie ici sur une organisation spatiale quasi architecturale dans laquelle les lignes horizontales et verticales dessinent des cadres ouverts aux quatre vents où la touche en liberté du peintre trouve à s’exercer pleinement.
Mustapha Boujemaoui, La caravane (en gris), 1994. Acrylique, 58 x 80 cm. Académie du Royaume du Maroc, dépôt MMVI
Une peinture hybride
À ce premier motif s’ajoute celui du verre à thé, qui deviendra son sujet de prédilection. Le peintre commence alors, dans la lignée d’un Fouad Bellamine, à repousser les limites de la peinture, en l’hybridant à une forme discrète d’installation. En témoigne l’huile sur toile de 1991, Le Verre de Marie , comportant dans sa partie centrale haute un authentique verre à thé posé sur un support lui-même en verre. L’artiste, comme l’explique en 2008 Aziz Daki dans le catalogue de l’exposition « Les métamorphoses de ma vie » présentée à la galerie L’Atelier 21, peint et va parfois jusqu’à coller des grains de thé sur la toile, qui se révèlent dans une multitude de touches faisant apparaître et disparaître le motif.
Cette technique irradie dans l’une des plus belles toiles de l’exposition, Les jardins imaginaires (1988), dans laquelle le motif du verre semble comme emporté par un tourbillon de touches colorées. Ce double attachement à la répétition pouvant aller jusqu’à la sérialité et à la dilution du motif, se retrouve dans une toile récente de 2020 consacrée à la figure d’Al-Boraq qui n’est pas sans évoquer celle des anges à laquelle le peintre s’est aussi longuement consacré.
Se définissant souvent comme un peintre-chercheur, Boujemaoui nous apparaît aussi comme un peintre-joueur, s’amusant tour à tour des lois de la représentation et d’une tradition aniconique de la peinture. Une démarche qui mériterait une rétrospective digne de ce nom, au Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain de Rabat, peut-être ?
Exposition La Poétique des formes de Mustapha Boujemaoui, Villa Carl Ficke – Musée de la mémoire de Casablanca, jusqu’au 30 novembre 2026
Mustapha Boujemaoui, La Caravane n°3 Hommage à Ibn Battouta, 1994. Acrylique sur journal marouflé, 150x 150 cm.
Académie du Royaume du Maroc, dépôt MMVI
Mustapha Boujemaoui, Le Verre de Marie, 1991. Huile sur toile, verre et verre à thé, 130 x 130 cm. Collection de l'artiste