Snapshot : Ayana V. Jackson / Fiction spéculative

Elle est assise en amazone sur un cheval tout droit sorti d’une chronophotographie de Jules Marey. Le sol est poussiéreux à leurs pieds. À l’arrière-plan, l’horizon se perd dans un brouillard d’une blancheur lactescente. C’est cette domination du blanc qu’affronte justement la photographe afro-américaine Ayana V. Jackson représentant ici « Stage Coach Mary » ou Mary Fields, la première femme à avoir exercé aux États-Unis le métier de factrice. Marchant sur les pas de ce que l’essayiste Saidiya Hartman dans son livre Vénus en deux actes nommait « une fabulation critique », la photographe construit selon les mots de la commissaire d’exposition Marísol Rodriguez, « des images qui se situent dans l’absence archivistique et la présence spéculative ». L’exposition La bonne nouvelle n’est pas annoncée au sommet des montagnes mais dans les clairières redonne ainsi à plusieurs figures noires oubliées de l’Histoire – écuyères, révolutionnaires mexicaines, descendantes d’esclaves – une dignité enfin retrouvée. Dans d’autres clichés, moins victorieux mais tout aussi pudiques, Ayana V. Jackson saisit des moments de repos, comme en apesanteur car malgré les soubresauts de l’Histoire, la vie aussi est faite de grâce et de retenue. 

Ayana V. Jackson, Image # 6, Mary Fields – One of the Freest Souls ever to draw a breath or a thirty-eight, 2023. Crédit photo : Olivier Rachet