Les icônes profanes d’Aida Muluneh à Casablanca

Rouges éclatants, visages peints de signes géométriques, regards frontaux. La Galerie 38 réunit jusqu’à la fin de l’été plusieurs œuvres d’Aida Muluneh, offrant un aperçu de l’univers que la photographe éthiopienne développe depuis une vingtaine d’années. Un travail où la photographie s’éloigne du documentaire pour emprunter au symbole, à la peinture et à l’iconographie éthiopienne.

La rédaction 

Vue de l'exposition « A Real Fiction » à La Galerie 38 de Casablanca.

Depuis plus de vingt ans, Aida Muluneh construit une œuvre à part dans le paysage de la photographie contemporaine africaine. Née à Addis-Abeba en 1974, Aida Muluneh grandit entre le Yémen, l’Angleterre, Chypre et le Canada. De cette trajectoire diasporique naît une œuvre dont le langage visuel est aujourd’hui immédiatement identifiable. Ses photographies, caractérisées par leurs couleurs intenses et leurs compositions rigoureuses, empruntent autant à l’iconographie éthiopienne qu’à la mise en scène contemporaine. Les femmes y occupent une place centrale. Frontales, hiératiques, elles incarnent moins des personnages que des figures symboliques à travers lesquelles l’artiste interroge la mémoire, le pouvoir et la transmission.

Vue de l'exposition « A Real Fiction » à La Galerie 38 de Casablanca.

Les aplats de rouge, de noir, de bleu ou de blanc qui caractérisent aujourd’hui son œuvre ne relèvent pas d’une simple signature esthétique. Pour Simon Njami, cette évolution marque un véritable tournant. Passée par le documentaire au début de sa carrière, Muluneh construit désormais des images qui tiennent autant de la photographie que de la peinture. Dans le catalogue de l’exposition « A Real Fiction », il écrit « Muluneh réinvente une cosmogonie qui élargit le champ des possibles en accouchant d’icônes profanes ». 

Son influence dépasse largement sa propre pratique. En fondant le festival Addis Foto Fest en 2010 puis l’agence Desta for Africa, elle a créé des espaces de visibilité pour une nouvelle génération de photographes africains. Comme le rappelle Simon Njami, « la photographie est considérée non pas seulement comme un facteur d’émancipation, mais également comme un langage indispensable au développement d’un esprit critique ». 

« A Real Fiction », La Galerie 38, Casablanca, jusqu’au 30 août 2026.

Vue de l'exposition « A Real Fiction » à La Galerie 38 de Casablanca.

Vue de l'exposition « A Real Fiction » à La Galerie 38 de Casablanca.