Pour sa 44e édition, ARCO Madrid met les pays sud-américains à l’honneur et ouvre une brèche en direction des artistes africains. La section « Opening » confirme également la volonté de la foire de faire la part belle aux galeries émergentes.
Dans les allées toujours très fréquentées de la foire ARCO, qui se tient dans le centre des congrès de l’IFEMA, le cœur de l’art moderne et contemporain, notamment européen, continue d’irriguer la programmation générale qui compte cette année 178 galeries internationales. Est-ce l’une des répercussions de la dernière Biennale de Venise, dont le commissaire d’exposition Adriano Pedrosa était brésilien, si les galeries argentines et brésiliennes se taillent la part du lion ? 67% des enseignes présentes cette année proviennent de pays étrangers dont un tiers sont issues d’Amérique du Sud. On retrouve une dizaine d’entre elles dans la section « Profiles / Latin American Art », curatée par José Esparza Chong Cuy, notamment la Cerrado Galeria (Brésil) qui présente cinq artistes du projet collectif Sertão Negro cofondé en 2021 par l’artiste Dalton Paula croisé à Venise, dont deux toiles ont trouvé acquéreurs pour 55 000 euros. Dédié aux artistes afro-descendants, Sertão Negro propose un programme unique d’ateliers et de résidences innovant, mais surtout écoresponsable.Un regard du Sud sur l’art internationalAu hasard de nos pérégrinations, on croise une installation murale de l’artiste italo-tunisienne Monia Ben Hamouda (Chert Lüdde Gallery, Berlin) composée de bois carbonisé, de plâtre, de plomb et de poudres d’épices intitulée The Destruction of the Idols of Ka’ba (autour de 15 000 euros) qui arrête les spectateurs. L’artiste présente jusqu’au 19 avril à la galerie Selma Feriani de Tunis l’exposition « Ya’Aburnee » curatée par Anissa Touati, en charge à ARCO – avec Cristina Anglada – de la section « Opening » dédiée aux galeries émergentes. Dans cette section comportant 18 enseignes, en provenance de Chypre, du Portugal, de Suisse ou encore de Géorgie, apparaît la galerie sénégalaise Selebe Yoon, ouverte en 2020. On y découvre le travail de l’artiste Arébénor Bassène dont les œuvres picturales (entre 18 000 et 24 000 euros) convoquant des matériaux tels que la gomme arabique, l’encre utilisée pour des tablettes coraniques, des résidus de bois et autres pigments naturels, dessinent des paysages de civilisations disparues ou oubliées. De son côté, la galerie Reservoir (Le Cap) présente plusieurs œuvres de la Sud-Africaine Jeanne Gaigher (entre 1800 et 9000 euros) dont les toiles – toutes vendues – recouvertes de gaze mêlent dessin, peinture et découpe textile, créant un effet sculptural saisissant. Elle est l’une des deux artistes à recevoir le Prix décerné au jeune talent par un jury dans lequel on retrouve le curateur Abdellah Karroum (L’appartement 22, Rabat) ou Hela Djobbi chargée de la programmation du 32 Bis à Tunis. « On a voulu composer un jury qui viendrait du Sud, précise Anissa Touati, car il nous paraît important d’avoir un regard du Sud sur les galeries internationales, ce qui ne se fait jamais. » Le continent africain est aussi représenté dans la programmation générale avec le solo show que la 193 Gallery consacre à l’artiste ivoirienne Joana Choumali dont la nouvelle série de photographies brodées (vendues entre 8000 et 45 000 euros, dont quatre ont trouvé acquéreur) célèbrent les promesses de l’aube. Passé colonial et amazofuturismeÀ celles-ci s’opposent parfois les crépuscules du passé colonial des pays sud-américains, abordés notamment, dans la programmation générale, par les dessins au fusain (26 000 euros) de l’artiste colombien Gonzalo Fuenmayor (Fernando Pradilla Gallery, Madrid) influencé par le réalisme magique. Conçue par les curateurs Denilson Baniwa et Maria Wills, en collaboration avec l’Institut des études postnaturelles de Madrid, la section « Wametisé : Ideas for an Amazofuturism » regroupe, quant à elle, une quinzaine de galeries du continent sud-américain, faisant la part belle aux artistes autochtones telles que Daiara Tukano (Millan Gallery, Sao Paulo) dont les œuvres sur papier revisitent les croyances de l’ethnie Tucano qui n’établit pas de séparation entre les hommes et les animaux. L’artiste moderne brésilienne Anna Bella Geiger (1920-2021), représentée par l’enseigne Danielian Galeria (Rio de Janeiro), interroge à travers le support de la carte postale la vision paradoxale des peuples autochtones dont elle montre qu’ils ont été à la fois idéalisés et discriminés par la société brésilienne. La galerie parisienne Almine Rech propose, de son côté, quelques toiles du Colombien Carlos Jacanamijoy, adoptant le point de vue de l’auca, figure emblématique du folklore Inga, diabolisée par les missionnaires et réévaluée par une peinture que l’artiste présente comme étant à la fois « reptilienne et végétale ». Un petit vent vénitien souffle bel et bien sur cette 44e édition d’ARCO qui s’ouvre davantage aux artistes des Suds, ce qui constitue pour la curatrice Anissa Touati « une préoccupation de plus en plus affirmée de la direction de la foire ». Rendez-vous l’année prochaine pour transformer, peut-être, l’essai. Par Olivier RachetARCO Madrid, Centre des congrès de l’IFEMA, Madrid, du 5 au 9 mars 2025






