Latifa Toujani, ou l’art comme terrain d’émancipation

L’exposition « Latifa, pionnière aussi… » retrace le parcours singulier d’une artiste engagée, s’étant confrontée à une diversité de médiums. Au Comptoir des Mines, jusqu’au 15 juillet 2025. 
Dénicher de jeunes talents et contribuer à l’écriture d’une histoire de l’art au Maroc en réhabilitant des figures méconnues ou occultées : telle est la double ambition qui anime le Comptoir des Mines de Marrakech et son fondateur Hicham Daoudi. L’exposition « Latifa, pionnière aussi… », consacrée à l’artiste Latifa Toujani, revient sur le parcours en effet précurseur d’une artiste féministe, engagée auprès de la sociologue Fatima Mernissi qui fut l’une de ses proches amies. Seule artiste femme marocaine à participer à la Biennale de Bagdad en 1974, Latifa Toujani s’essaie alors à une diversité de médiums lui faisant mettre en avant aussi bien le corps féminin que la lettre arabe. 

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Vue de l’exposition « Latifa, Pionnière Aussi ! » à Comptoir des Mines Galerie, Marrakech.

Esthétique expressionnistePlusieurs huiles sur toile des années 1970 schématisent la représentation du corps, isolé ou en groupe, lequel semble souvent ployer sous un joug invisible, comme l’analyse Bruno Nassim Aboudrar dans le catalogue d’exposition. La peinture Solitude et réflexion, datée de 1972, évoque langueur et abattement, dans une esthétique quasi expressionniste qui culmine dans une série de techniques mixtes sur papier glacé donnant à voir des ombres bleue inquiétantes. Des gravures sur papier réalisées à Asilah en 1991 déploient plus langoureusement un corps féminin nu, vu de dos, un livre à la main. Toujani convoque ici la figure mythique de Chahrazade, que l’on retrouve dans une huile sur toile de 1990 en forme de diptyque, dans un décor tout matissien. Art du récit et affirmation de son corps de femme libre comme seules armes pour résister ? 

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Vue de l’exposition « Latifa, Pionnière Aussi ! » à Comptoir des Mines Galerie, Marrakech.

Dans ces mêmes années 1970, l’artiste convie aussi dans des gravures ou des affiches réalisées à l’occasion du Sommet arabe de Rabat (1974), la lettre arabe qu’elle élève à une dimension cosmique. « Lorsque, dans une composition de silhouettes, le mot Huwa émerge à peine d’un fond koufique effacé, c’est toute une pensée de l’indicible qui affleure. Approcher le réel exige de renoncer à le nommer », commente ainsi Yiman Erraziki dans une autre contribution du catalogue. Mais sans doute est-ce les photos de différents moussems – celui du Miloud à Cheikh El Kamel ou celui d’El Hadi Ben Aïssa de Meknès – qui surprennent le plus le spectateur, pour leur aspect documentaire inédit et leur force transgressive. Transgression puisque ces rituels étaient alors réputés inaccessibles, mais parce qu’ils révèlent surtout des corps de femmes en transe ; extatiques, comme libérés d’une forme de coercition qui ne dirait pas son nom. Pionnière, Latifa Toujani l’est surtout pour ce combat en faveur d’une émancipation féminine qui n’a rien perdu de son acuité ! Olivier Rachet « Latifa, Pionnière Aussi ! », une exposition individuelle de Latifa Toujani, Du 24 Mai au 15 Juillet 2025, Comptoir des Mines Galerie, Marrakech.

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Vue de l’exposition « Latifa, Pionnière Aussi ! » à Comptoir des Mines Galerie, Marrakech.
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Vue de l’exposition « Latifa, Pionnière Aussi ! » à Comptoir des Mines Galerie, Marrakech.
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Vue de l’exposition « Latifa, Pionnière Aussi ! » à Comptoir des Mines Galerie, Marrakech.
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Vue de l’exposition « Latifa, Pionnière Aussi ! » à Comptoir des Mines Galerie, Marrakech.