Le week-end dernier, un mouvement de contestations sociales pacifiques, mené par la GenZ 212 – la génération Z marocaine – a secoué plusieurs villes du pays. La réponse des forces de l’ordre s’est traduite par des arrestations massives, souvent arbitraires, parfois même préventives. Parmi les jeunes interpellés, de nombreux acteurs de la scène créative, entrepreneuriale et artistique : Nizar Laajali, Amine Houari, Insaf Benali, Kamal Daghmoumi ou encore Anas Zemati, autant de jeunes artistes, photographes, réalisateurs portés par un amour éclairé, lucide et exigeant pour leur pays qu’ils placent souvent au cœur de leur recherche visuelle et plastique. Yassine Toumi, photojournaliste depuis une quinzaine d’années, a immortalisé les altercations de la deuxième journée de manifestations.

Ses images des manifestations du dimanche 28 septembre à Derb Sultan à Casablanca ont rapidement fait le tour des réseaux sociaux et de la presse. Yassine Toumi, photojournaliste pour l’hebdomadaire Tel Quel, a fait ses armes avec le mouvement du 20 février en 2011, et témoigne aujourd’hui de l’évolution des luttes sociales au Maroc. « La génération Z est faite de jeunes cultivés, qui réagissent de façon calme et structurée », explique-t-il. Ses clichés montrent la disproportion de la réponse policière face à la détermination des jeunes à faire entendre leurs droits : un jeune qui brandit ses doigts en signe de paix contre les motards venus disperser la foule, des pancartes de revendications en français ou en anglais, les mains d’une jeune fille qui repousse un bouclier. Si son ambition est « de montrer la vérité telle qu’elle est, dans une forme de neutralité », Yassine reprend néanmoins ses clichés sur ses propres réseaux sociaux, en noir et blanc cette fois-ci. Choix narratif et esthétique, le noir et blanc lui permet de concentrer le propos de l’image sur les expressions, les gestes, et les contrastes, plutôt que les détails chromatiques et distractions visuelles. Le focus est donc porté sur le message : ici, la brutalité policière et la fougue de la jeunesse.

Dans la rue aussi, sa neutralité est relative. S’il doit constamment négocier le risque d’être au plus près de l’action en travaillant essentiellement à la focale fixe, il sort parfois de sa posture d’observateur pour intervenir, comme en témoigne l’histoire derrière la photo du petit garçon à la casquette sur les épaules de sa mère, bousculé par la police : « j’ai dû intervenir pour protéger le petit garçon, il n’avait même pas deux ans » explique le photographe.
Prises sur le vif, ses images démontrent tout de même un important sens de la composition qui leur confère, au-delà de leur valeur documentaire, une dimension symbolique et une forme d’universalité.
Chama Tahiri Ivorra





