Au Maroc, quel est le véritable pouvoir des femmes dans l’art contemporain ? // Women in Morocco’s art world. How much power?

Galeristes, curatrices, éditrices, directrices de musées : les femmes façonnent aujourd’hui une large part de l’écosystème artistique marocain. Pourtant, si leur influence est déterminante dans le secteur privé, leur pouvoir sur les grandes orientations institutionnelles reste encore partiel.
Elles dirigent des galeries, fondent des plateformes culturelles, siègent dans des comités d’acquisition, pilotent des musées et structurent le débat critique. La place des femmes dans le paysage culturel n’est plus marginale ; elle est désormais installée. La création de la Biennale de Marrakech, fondée par Vanessa Branson, avait déjà marqué un jalon décisif dans la reconfiguration féminine de la scène artistique marocaine. De 2004 à 2016, elle a introduit un format international articulant production locale et réseaux globaux. Au-delà de l’événement lui-même et malgré sa disparition, elle a instauré un modèle d’infrastructure curatoriale durable : commissariats invités, plateformes transdisciplinaires et inscription dans les circuits mondiaux de l’art contemporain. 

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Vue de l’installation Sheltered from nothing de Fatiha Zemmouri au Palais Badii pendant la 6e édition de la biennale de Marrakech, curatée par Reem Fadda en 2016.

Plusieurs femmes ont également participé à la conception et à la réalisation de cette aventure fondatrice : Alya Sebti a été la directrice artistique de la 5e édition en 2014 (« Where are we now? », commissariée par Hicham Khalidi)  tandis que Reem Fadda a été curatrice de la 6e édition en 2016 (« Not New Now »). Le fait que cette initiative structurante ait été impulsée et mise en exécution par des femmes n’est pas anecdotique : cela illustre comment les dispositifs positionnant le Maroc sur la carte artistique mondiale émergent souvent d’initiatives féminines, en marge des cadres institutionnels étatiques.Dans le champ du marché de l’art international, Touria El Glaoui, avec la création en 2013 à Londres de la 1-54 Contemporary African Art Fair et sa première édition à Marrakech en 2018, a repositionné l’art africain sur la cartographie mondiale. Sa capacité à fédérer galeries, collectionneurs et institutions autour d’une plateforme pérenne offre non seulement une visibilité accrue à la création contemporaine africaine, mais place aussi le Maroc au cœur d’un marché international puissant et compétitif.

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Portrait de Meriem Berrada, 2025. Courtesy: © Hicham Alaoui

Au centre, les curatrices

À cette reconfiguration s’ajoute le rôle déterminant des curatrices, devenues des actrices structurantes du paysage artistique. Des figures comme Laila Hida, fondatrice du 18 à Marrakech, Amina Mourid, co-fondatrice d’atelier Kissaria ou Meriem Berrada, directrice artistique du Macaal – qui curate aujourd’hui le premier pavillon du Maroc à la Biennale de Venise – ont contribué à redéfinir les formes d’exposition et de travail avec les artistes, en privilégiant des formats de recherche, de résidence et de production ancrés dans le contexte local tout en dialoguant avec l’international.Parallèlement, une génération de curatrices marocaines s’impose, mais souvent depuis l’extérieur du territoire national, faute d’opportunités institutionnelles suffisantes au Maroc. En investissant des institutions et des plateformes internationales, elles contribuent à reformuler les cadres d’analyse de l’art marocain depuis des espaces de légitimation plus ouverts. Des figures comme Mouna Mekouar, Alya Sebti ou encore Soukaina Aboulaoula bénéficient d’une marge de liberté depuis l’étranger et participent activement à la redéfinition des récits critiques sur l’art. 

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Le festival Etat d’urgence d’Instants Poétiques investit l’espace public, notamment le Jardin d’Essais Botaniques de Rabat.

Par ailleurs, Salma Lahlou et Fatima-Zahra Lakrissa développent des projets curatoriaux collaboratifs qui renouvellent le regard porté sur l’histoire de l’art marocain, souvent en dehors des cadres institutionnels locaux. À l’inverse, Bouchra Salih, en fondant en 2018 « État d’Urgence d’Instants Poétiques » (EUIP) au Jardin d’Essais Botaniques de Rabat, s’empare d’un espace public pour le transformer en laboratoire critique, faisant du paysage urbain un lieu de pensée et d’expérimentation contemporaine. Enfin, le travail de Hind El Ayoubi et de Salima El Aissaoui sur la reconfiguration de l’exposition permanente du Musée Mohammed VI à Rabat montre que, si le pouvoir institutionnel reste centralisé, une partie du récit se joue dans les choix curatoriaux : accrochage, sélection des œuvres et manière de les interpréter. Structurer le marché de l’art

Les galeristes jouent également un rôle clé dans la structuration du marché et la visibilité des artistes. À Tanger, Aziza Laraki à la tête de Gallery Kent et à Rabat, Abla Ababou avec sa galerie éponyme, participent à l’ancrage d’une scène émergente. Elisabeth Piskernik à travers  Le Cube – independent art room, défend depuis 20 ans des pratiques expérimentales et indépendantes. Yasmina Naji, fondatrice de Kulte Art and Edition, investit le champ de l’édition élargissant les formats de diffusion. À la tête de la Galerie GVCC depuis 2008, Anne-Laure Sowan inscrit son action dans la continuité de la plus ancienne galerie du Maroc tout en consolidant son positionnement sur la scène contemporaine. Aux côtés de Mehdi Hadj Khalifa, elle contribue à structurer un marché exigeant et à stabiliser la carrière de jeunes artistes sur la durée.

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Vue du stand de la Loft art Gallery à la première édition de Art Basel Qatar, 2026.

De son côté, Nadia Amor, directrice depuis 2010 de la galerie L’Atelier 21 fondée par Aziz Daki en 2008, participe activement à la dynamisation de la scène marocaine, en inscrivant ses artistes dans les circuits des collections nationales et internationales. Enfin, Yasmine Berrada, qui fonde en 2009 Loft Art Gallery avec sa sœur Meryem, en obtenant notamment un stand à Art Basel Paris en 2024, elle confirme la capacité d’une galerie marocaine dirigée par des femmes à s’inscrire durablement dans les plateformes les plus compétitives du marché global.Écrire l’histoire de l’art 

La transformation de la scène artistique ne se joue pas seulement dans les expositions mais aussi dans la manière dont les lieux sont conçus et dont cette scène est racontée. Des professionnelles comme les architectes Isabelle Timsit et Salima Naji, interviennent de plus en plus dans la fabrique concrète des lieux d’exposition.

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Salima Naji, Sharing the Scale, Earth (Spatial Interiorities), Doha Design Biennale, 2023, Portrait: Abdelaziz Alsafadi, Image Courtesy of Qatar Museums.

À la tête de Diptyk, Meryem Sebti, aux côtés de son équipe de rédaction à majorité féminine, a progressivement su construire un espace éditorial qui dépasse la simple fonction de magazine spécialisé. En structurant un discours critique régulier, en assumant des lignes curatoriales lisibles et en donnant une visibilité soutenue aux artistes du Maroc, de l’Afrique et de leurs diasporas, elle participe activement à la fabrication du récit de l’art contemporain national. Diptyk n’est pas seulement un support de diffusion : il agit comme un opérateur de légitimation, capable d’articuler scène locale et horizons internationaux, tout en imposant un vocabulaire, des priorités et des angles de lecture. Cette maîtrise de la narration constitue une forme de pouvoir symbolique décisive : dans un contexte où les archives restent fragmentaires et les institutions encore fragiles, cadrer le récit revient à influer sur la mémoire, la hiérarchisation et, in fine, l’histoire de l’art au Maroc.Désir d’émancipation et arbitrages diplomatique

La situation diffère dans la sphère publique. Des femmes dirigent aujourd’hui plusieurs musées, et la nomination récente de Nadia Sabri, jusqu’alors académicienne et curatrice indépendante, à la tête du Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain constitue un signal important et positif. Le MMVI, vitrine de la diplomatie culturelle marocaine, concentre une forte charge symbolique. Il est toutefois trop tôt pour mesurer la portée de cette direction.

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Nadia Sabri, directrice du Musée Mohammed VI depuis septembre 2025. crédit photo : DR.

D’autres musées, tels que la Villa Harris à Tanger, le Musée Dar El Bacha à Marrakech ou le Musée national de la parure à Rabat sont également dirigés par des femmes. Pourtant, leur marge de manœuvre stratégique demeure limitée. Les grandes orientations budgétaires, les arbitrages diplomatiques et les décisions structurantes restent centralisés entre les mains de décideurs masculins dans une structure marquée par une forte verticalité. Le paradoxe est manifeste : les filières culturelles, patrimoniales et muséales de l’enseignement supérieur au Maroc forment majoritairement des femmes qui occupent en nombre les postes opérationnels et curatoriaux. La féminisation concerne les équipes et les fonctions d’exécution. Elle atteint moins nettement les niveaux où se définissent les priorités nationales et les équilibres de pouvoir. La présence est réelle mais l’autonomie décisionnelle demeure fortement encadrée.Ainsi se dessine un paysage contrasté. Dans le privé, les femmes disposent d’une capacité d’initiative qui leur permet de créer leurs propres plateformes, d’orienter le marché, de produire du récit et d’agir sur la légitimation internationale. Dans le public, leur visibilité progresse, mais la gouvernance reste largement structurée par des logiques centralisées.La féminisation du paysage artistique marocain est indéniable. La redistribution du pouvoir, elle, demeure partielle. Elle s’opère moins par conquête des institutions publiques que par création d’écosystèmes parallèles. La question n’est plus celle de la visibilité mais de la consolidation des acquis.  Un signe d’évolution apparaît toutefois dans la composition du jury chargé de la sélection marocaine pour la Biennale de Venise. Sur les huit membres réunis sous la présidence de Mehdi Qotbi, cinq étaient des femmes : Mouna Mekouar, Meryem Sebti, Touria El Glaoui, Alya Sebti et Fathiya Tahiri. Par sa composition faisant montre de la diversité des rôles qu’occupent les femmes aujourd’hui dans le domaine de l’art, ce jury a non seulement mis en lumière des figures féminines, mais a aussi démontré que, par leur expertise et leurs réseaux, ces femmes s’installent désormais dans des rôles stratégiques. Si le pouvoir décisionnel reste encore minoritaire dans les structures publiques, cette parité naissante ouvre une brèche, laissant espérer que les institutions culturelles marocaines évoluent vers une meilleure équité dans les sphères décisionnelles.

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Amina Agueznay a ouvert l’exposition « Arab design now » à la Doha Design Biennale en 2023.

Souveraineté aux artistes

In fine, les artistes restent les plus souveraines : Yto Barrada, Bouchra Khalili, Safae Erruas, Fatiha Zemmouri, Amina Agueznay, Ikram Kabbaj pour ne citer qu’elles, ont construit des trajectoires autonomes, articulant production, réseaux et diffusion à l’échelle transnationale, échappant en partie aux circuits locaux et masculins de validation. Dans des espaces privés ou hybrides, les femmes ne se contentent pas d’occuper des fonctions visibles : elles définissent la ligne, orientent les choix, contrôlent leur narratif. On remarque également un déplacement de l’expression féminine d’une esthétique personnelle et subversive contre le patriarcat à une recherche conceptuelle dégenrée, intégrant subjectivité féminine dans des enjeux universels (archives, espaces publics, histoire). Désormais, les femmes artistes ne sont plus perçues comme des exceptions tolérées dans l’histoire des arts. Elles n’ont plus besoin de la tutelle masculine qui caractérisait les peintresses du passé, ni d’atteindre un âge mûr pour accéder à l’autonomie et à une reconnaissance publique plénière. Émancipées et conscientes de leurs capacités, elles revendiquent aujourd’hui le droit, la liberté et le plaisir de créer, parfois en subvertissant les règles de l’art, en hybridant divers registres et matériaux et en abolissant les frontières et hiérarchies entre arts majeurs et mineurs. Ni essentialisées, ni marginalisées, elles perturbent les normes genrées et politisent l’art. 

Najat Tazi

Gallerists, curators, editors, museum directors: women now shape a significant share of Morocco’s artistic ecosystem. Yet while their influence is decisive in the private sector, their power over major institutional decisions remains limited.
Women run galleries, launch cultural platforms, sit on acquisition committees, lead museums and shape the critical conversation. Their place within Morocco’s cultural landscape is no longer marginal. It is firmly established. The creation of the Marrakech Biennale, founded by Vanessa Branson, marked an early turning point in the growing prominence of women on the Moroccan art scene. Between 2004 and 2016 the biennale introduced an international format connecting local production with global networks. Beyond the event itself, and despite its disappearance, it established a lasting curatorial infrastructure. Guest curators, transdisciplinary platforms and strong links to global contemporary art circuits became part of the landscape.
Several women also played key roles in shaping this foundational project. Alya Sebti served as artistic director of the fifth edition in 2014, titled Where Are We Now? and curated by Hicham Khalidi, while Reem Fadda curated the sixth edition in 2016, titled Not New Now. That such a structuring initiative was conceived and carried out by women is no coincidence. It reflects a broader pattern. Many of the initiatives that have positioned Morocco on the international art map have emerged from female led projects operating largely outside state institutions.
In the global art market, Touria El Glaoui has played a similarly decisive role. With the launch of the 1 54 Contemporary African Art Fair in London in 2013 and its Marrakech edition in 2018, she helped reposition African art on the global stage. By bringing together galleries, collectors and institutions around a lasting platform, the fair has increased the visibility of contemporary African artists while placing Morocco at the center of an increasingly competitive international market.
Curators at the center
Curators have also become central figures in this transformation. Laila Hida, founder of Le 18 in Marrakech, Amina Mourid, co founder of Atelier Kissaria, and Meriem Berrada, artistic director of MACAAL and currently curator of Morocco’s first pavilion at the upcoming Venice Biennale, have all contributed to reshaping exhibition practices and ways of working with artists. Their projects often privilege research based formats, residencies and production platforms rooted in local contexts while remaining connected to international networks.
At the same time a new generation of Moroccan curators has emerged, often working from abroad because of limited institutional opportunities at home. By operating within international institutions and platforms they are helping rethink how Moroccan art is interpreted and presented. Figures such as Mouna Mekouar, Alya Sebti and Soukaina Aboulaoula have benefited from the freedom offered by working internationally and have contributed to reshaping critical narratives around Moroccan art.
Other curatorial initiatives approach the field differently. Salma Lahlou and Fatima Zahra Lakrissa develop collaborative curatorial projects that revisit the history of Moroccan art outside traditional institutional frameworks. Bouchra Salih followed another path in 2018 when she founded État d’Urgence d’Instants Poétiques at the Rabat Botanical Garden. By transforming a public space into a site for reflection and experimentation she turned the urban landscape itself into a place for contemporary artistic thinking.
The work of Hind El Ayoubi and Salima El Aissaoui on the reinstallation of the permanent exhibition at the Mohammed VI Museum of Modern and Contemporary Art in Rabat reveals another dimension of this shift. Even when institutional power remains centralized, part of the narrative is shaped through curatorial decisions. The selection of works, the hanging of exhibitions and the interpretive framework offered to visitors all contribute to shaping the story being told.
Structuring the art market
Gallerists also play a decisive role in shaping the market and the visibility of artists. In Tangier, Aziza Laraki of Gallery Kent and in Rabat Abla Ababou with her eponymous gallery have helped anchor an emerging scene. Elisabeth Piskernik has spent two decades supporting experimental and independent practices through Le Cube independent art room. Yasmina Naji, founder of Kulte Art and Edition, has expanded the field of publishing and alternative forms of circulation.
At Galerie GVCC, which she has directed since 2008, Anne Laure Sowan has continued the legacy of Morocco’s oldest gallery while strengthening its position in the contemporary art scene. Alongside Mehdi Hadj Khalifa she has helped structure a demanding market and support the long term careers of younger artists.
Nadia Amor, director of L’Atelier 21 since 2010, has also played an active role in energizing the Moroccan art scene by placing her artists within national and international collections. Meanwhile Loft Art Gallery, founded in 2009 by sisters Yasmine and Meryem Berrada, has demonstrated that a Moroccan gallery led by women can compete on the global stage, notably with its presence at Art Basel Paris in 2024.
Shaping narratives
The transformation of Morocco’s art scene is not limited to exhibitions themselves. It also concerns how spaces are designed and how the scene is narrated. Architects such as Isabelle Timsit and Salima Naji are increasingly involved in shaping exhibition spaces. At the same time Diptyk, under the leadership of Meryem Sebti and a largely female editorial team, has built an influential editorial platform that goes far beyond the role of a specialized magazine.
Through a consistent critical voice, clearly defined curatorial lines and sustained visibility for artists from Morocco, Africa and their diasporas, the publication has contributed actively to shaping the narrative of contemporary art in Morocco. Diptyk does more than document the scene. It functions as an agent of cultural legitimacy, linking the local art world to international horizons while establishing its own vocabulary and interpretive frameworks.
In a context where archives remain fragmented and institutions relatively fragile, controlling the narrative becomes a powerful form of symbolic authority. Framing the story ultimately shapes memory, hierarchy and the writing of art history itself.
Emancipation and institutional constraints
The situation looks different in the public sphere. Women now direct several museums and the recent appointment of Nadia Sabri, previously an academic and independent curator, as head of the Mohammed VI Museum of Modern and Contemporary Art represents a positive and symbolic development. The museum stands at the center of Morocco’s cultural diplomacy, but it is still too early to assess the long term impact of this leadership.
Other institutions including Villa Harris in Tangier, Dar El Bacha Museum in Marrakech and the National Museum of Adornment in Rabat are also led by women. Yet their strategic room for maneuver remains limited. Budgetary priorities, diplomatic orientations and structural decisions continue to be centralized within a highly vertical system largely controlled by male decision makers.
The paradox is clear. Cultural and heritage programs in Moroccan universities train mostly women, many of whom go on to occupy operational and curatorial positions. Feminization is visible at the level of teams and implementation. It is less evident at the levels where national priorities and institutional power are defined. Women are present, but their decision making autonomy remains constrained.
A contrasting landscape emerges. In the private sphere women have the initiative to create platforms, shape the market, produce narratives and influence international recognition. In public institutions their visibility is increasing, but governance remains largely centralized.
The feminization of Morocco’s art world is undeniable. The redistribution of power, however, remains incomplete. Rather than conquering institutions directly, it often unfolds through the creation of parallel ecosystems. The question is no longer visibility but consolidation.
One sign of change appears in the composition of the jury responsible for selecting Morocco’s participation in the Venice Biennale. Of the eight members chaired by Mehdi Qotbi, five were women. Mouna Mekouar, Meryem Sebti, Touria El Glaoui, Alya Sebti and Fathiya Tahiri. Their presence reflects the growing diversity of roles women now occupy across the art world. It also signals that their expertise and networks are increasingly recognized in strategic positions. While decision making power within public institutions remains limited, this emerging parity suggests that Moroccan cultural institutions may gradually move toward greater equity.
Sovereignty of artists
Ultimately artists themselves remain the most sovereign actors. Figures such as Yto Barrada, Bouchra Khalili, Safae Erruas, Fatiha Zemmouri, Amina Agueznay and Ikram Kabbaj have built independent trajectories that connect production, networks and circulation on a transnational scale, partly bypassing local and often male dominated systems of validation.
In private or hybrid spaces women are no longer simply occupying visible roles. They define directions, shape decisions and control their own narratives.
At the same time a shift can be observed in artistic expression. From personal and often subversive critiques of patriarchy toward more conceptual practices in which female subjectivity engages with broader issues such as archives, public space and history.
Women artists are no longer perceived as tolerated exceptions in art history. They no longer require the male tutelage that characterized women painters of earlier generations, nor must they wait until later in life to achieve autonomy and public recognition.
Confident in their abilities they now claim the right and the pleasure to create freely, sometimes subverting artistic conventions, hybridizing materials and dissolving the hierarchies between major and minor arts. Neither essentialized nor marginalized they challenge gender norms and bring new political dimensions to contemporary art.
Najat Tazi