Taper pour chercher

[Portfolio] Les théâtres d’ombre de Sara Imloul

Partager

Adepte du calotype, la photographe Sara Imloul crée des univers étranges et insolites, dans la pure tradition des avant-gardes dadaïstes et surréalistes. Une expérience plastique à mi-chemin du théâtre et de la peinture. La Galerie 127 de Marrakech exposera l’artiste-plasticienne en duo avec Nicolas Lefebvre à la foire 1-54 Paris du 20 au 23 janvier 2021.

À l’origine du travail photographique de Sara Imloul se trouve sans doute un rêve d’enfant : celui de recréer les conditions d’apparition du spectacle, la magie de ces pièces de théâtre qui, dès son plus jeune âge, la fascinaient déjà. « Photographier, explique-t- elle, c’est ma manière d’inventer un petit spectacle, de le capturer puis d’en garder une trace ». Lorsqu’elle découvre, étudiante à l’ETPA de Toulouse (École de Photographie), la technique du calotype – ce procédé photographique inventé au XIXème siècle par Talbot permettant d’obtenir des négatifs sur papier –, le déclic a lieu.

Nécessitant un long temps de pose, celui-ci lui permet de créer ses propres saynètes intimes, ses théâtres d’ombre dans lesquels les accessoires, les costumes et les éclairages mènent le bal. À l’instar du peintre dans son atelier, Sara Imloul envisage son art en termes de scénographie : « Il faut que tout soit en place et structuré avant la prise de vue. Il n’y a pas de place, dans mon travail, pour la photographie instantanée ».

Sara Imloul, La jambe de bois, calotype, 13xl8cm, réhaussé à l'encre, crayon et collage. Tirage par contact sur papier gélatina-argentique réalisé par l'artiste. ©Sara Imloul, Courtesy Galerie 127

Un inventaire symbolique

Ainsi en va-t-il de sa série Passages, de l’Ombre aux Images – Prix Levallois 2019 – conçue pendant 3 ans, dans la foulée des attentats parisiens de 2015. Dans une dramaturgie intime où les objets les plus insolites côtoient jouets d’enfants et membres épars, la photographe renouvelle le genre de la nature morte en essayant d’exorciser les peurs qui étaient alors les siennes. Il s’agissait de « faire comme un inventaire symbolique de ce que je voulais laisser comme traces de moi en photo. »

Recluse plusieurs mois dans son appartement-atelier, elle réalise alors son travail le plus introspectif qui n’est pas sans faire écho à sa série précédente Das Schloss (Le Château) conçue comme un huis-clos dans une maison familiale en Lorraine. « C’est comme si j’avais été en captivité de ma propre peur », ajoute-t-elle pour décrire la violence sourde qui parcourt parfois ses œuvres, comme dans le cliché La jambe de bois où le membre inférieur d’un homme qui aurait marché sur une mine est en appui sur trois livres représentant pour elle les trois religions monothéistes, « ces fondements de l’Homme qui vont finir par le perdre ».

Sara Imloul, Les grenades, calotype, 13xl8cm, réhaussé à l'encre, crayon et collage. Tirage par contact sur papier gélatina-argentique réalisé par l'artiste. ©Sara Imloul, Courtesy Galerie 127.

Sublimer la violence

À l’utilisation symbolique ou métaphorique des objets qui rappellent les esthétiques dadaïstes et surréalistes dont elle revendique la filiation, s’ajoute un travail plastique permanent : les négatifs sont retravaillés à la main « comme pour un dessin », ce qui leur confère « un piqué et un velouté » renforcé par un noir et blanc évoquant parfois la gravure. L’essence même de son art est retrouvé : écrire avec la lumière. « Je ne suis que dans la chimie, dans l’optique, le papier et la matière », au plus près de l’origine même de la photo.

Pour l’heure, elle achève une série conçue pendant le confinement, Chez moi, réalisée entièrement dans son appartement parisien qu’elle s’apprête à quitter bientôt. En digne héritière de ses prédécesseurs dadaïstes, elle recourt désormais au collage et intègre à ces prises de vues des images d’alligator, de gazelle ou de pélican qu’elle appelle tendrement ses « innocents », victimes d’un monde de plus en plus coupable de nous couper de la beauté et de la vie. La violence du réel n’est jamais loin ; la photographie la sublime simplement.

Olivier Rachet

Sara Imloul, Pied au piano, calotype, 13xl8cm, réhaussé à l'encre, crayon et collage. Tirage par contact sur papier gélatina-argentique réalisé par l'artiste. ©Sara Imloul, Courtesy Galerie 127.
Sara Imloul, La vague, calotype 13xl8cm, réhaussé à l'encre, crayon et collage. Tirage par contact sur papier gélatina-argentique réalisé par l'artiste. ©Sara Imloul, Courtesy Galerie 127.
Sara Imloul, La chaise, calotype, 13xl8cm, réhaussé à l'encre, crayon et collage. Tirage par contact sur papier gélatina-argentique réalisé par l'artiste. ©Sara Imloul, Courtesy Galerie 127.
Sara Imloul, Le nid, calotype, 13xl8cm, réhaussé à l'encre, crayon et collage. Tirage par contact sur papier gélatina-argentique réalisé par l'artiste. ©Sara Imloul, Courtesy Galerie 127.
Tags:

Vous pouvez aimer aussi

Laisser un commentaire

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Retrouvez-nous sur Instagram
@diptykmagazine
Instagram n'a pas retourné le status 200.