Wafa Al-Hamad : Qui est la pionnière célébrée par le Mathaf ?

Le musée de Doha rend hommage aux Modernes qataris, et plus particulièrement à la pionnière Wafa Al-Hamad, dont le parcours, riche mais trop peu connu, rappelle la contribution essentielle des femmes artistes dans l’histoire de l’art de la région.
À l’aube de ses 15 ans d’existence, le Mathaf choisit de valoriser l’art moderne qatari à travers deux expositions : « Close to my soul », qui puise dans la collection privée d’Abdulla bin Ali Al Thani pour montrer l’évolution de la pratique plastique des années 1960 à nos jours ; et « Sites of Imagination », une rétrospective inédite consacrée à la pionnière Wafa Al-Hamad. 

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Wadha Al Mesalam, courtesy of Qatar Museums ©2025
وضحى المسلم، بإذن من متاحف قطر ©2025

À elle seule, elle a pu incarner, à travers ses 40 ans de carrière, la diversité de pratiques et de mediums du paysage visuel qatari. Optic art, surréalisme, ou encore hurufiyya, les 23 œuvres issues de la collection permanente du musée s’inspirent de la culture ancestrale et rituelle qatarie, de la nature à la spiritualité, pour livrer la vision personnelle et expérimentale de l’artiste. Les couleurs flamboyantes et les formes organiques qu’elle utilise, associées à des motifs architecturaux ou empruntées à l’art islamique, sont autant de réinterprétations ludiques voire parfois oniriques de sa mémoire culturelle. Consciente que, de son temps, les publics arabes étaient plus sensibles à l’art figuratif, Al-Hamad expliquait néanmoins qu’elle trouvait « l’art abstrait plus stimulant que le réalisme car il repose sur l’imagination de l’artiste et sa capacité à innover ».

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Wafa al-Hamad (1964 Doha – 2012 Heidelberg)
Composition géométrique, 1988–1998. Collage de papier sur carton, 43,6 × 43,6 cm. Collection Mathaf : Musée arabe d’art moderne.

Lutter contre l’effacementLa volonté du musée de mettre en avant Wafa Al-Hamad est d’autant plus forte qu’il n’existe aucune image de l’artiste, ayant évolué à une époque où il était mal vu qu’une femme apparaisse dans la presse. De même, l’essentiel de son travail a été volé alors qu’elle poursuivait son doctorat en études artistiques à l’Université du Nord du Texas. Celle qui avait fait ses débuts à « l’atelier libre », Marsam Al Hurr, dans les années 1980 au sein d’un groupe de contemporaines, est ainsi devenue la première femme qatarie à obtenir un PhD, mais aussi la première à enseigner les arts appliqués à l’Université du Qatar, jusqu’à sa mort en 2012. Les œuvres, allant de l’acrylique, à la peinture à l’huile en passant par le papier embossé, la sérigraphie ou le collage, sont ainsi pour la plupart des reproductions de ses travaux volés, réalisés de mémoire. Cela renvoie doublement à la nécessité de lutter contre l’effacement des femmes de l’histoire de l’art. 

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Latifa Toujani, Sans titre, 1974, impression sur papier Courtesy : Mathaf – Arab Museum of Modern Art, Doha

La suite de l’exposition donne d’ailleurs à voir d’autres femmes artistes de la région dont le travail entre en résonance avec les explorations plastiques de Al-Hamad. On retrouve notamment la Composition de 1974 de Latifa Toujani (qui a fait la couverture du numéro 69) ou encore des oeuvres de Samia Halaby ou Balqees Fakhro, qui témoignent de l’importance de la contribution encore trop méconnue des femmes à la construction d’une histoire de l’art moderne arabe.Chama Tahiri Ivorra

 « Close to my soul » et « Sites of Imagination », Mathaf Doha, jusqu’au 9 août 2025.

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Wafa al-Hamad (1964 Doha – 2012 Heidelberg)
Lailat Al Hena (Nuit du henné), 1992. Huile sur toile, 91,5 × 122 cm. Collection Mathaf : Musée arabe d’art moderne.
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Wadha Al Mesalam, courtesy of Qatar Museums ©2025
وضحى المسلم، بإذن من متاحف قطر ©2025