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Yasmine Hadni Familles, je vous (h)aime !

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Après un cursus au School of Art Institute de Chicago, l’artiste peintre est de retour au Maroc. Travaillant entre Rabat et Marrakech, elle explore l’univers familial dont elle scrute les dispositifs de pouvoir.

Sa première série exposée à Rabat en 2017, Back to the Roots, portait un regard grinçant sur l’univers doucement oppressant de la famille. Yasmine Hadni poursuit sa mise à nu des mécanismes de pouvoir et de séduction qui traversent toute société digne de ce nom. « Je pars toujours de quelque chose de personnel pour parler au final de choses plus politiques », explique-t-elle, en soulignant le caractère souvent « allégorique » des scènes représentées.

À partir d’une photographie de famille, l’artiste tente de fixer un souvenir et de réaliser « une image qui résiste au temps ». Autrefois guidée par ses émotions, qui se traduisaient sur la toile par un trait expressionniste et des couleurs plutôt franches, Yasmine Hadni dit avoir pris aujourd’hui du recul et s’attache à fixer une certaine évanescence. Des traits épurés au fusain lui permettent d’esquisser de simples silhouettes. L’alliance de pastels secs et de peinture à l’huile, sans utiliser de gesso (cet enduit permettant de fixer les couleurs), donne à voir la patine du temps. « On a l’impression, commente-t-elle, qu’avec le temps, la peinture va finir par se faire bouffer ! »

4 filles portant des bottes bleues (détail), 2020, huile, plastique, photographie et pastel sec sur toile, 65 x 100 cm. Courtesy de l’artiste

Ni nostalgique, ni à proprement parler sarcastique, la peinture de Yasmine Hadni cherche plutôt à témoigner des mécanismes sociaux qui à l’intérieur d’une famille marocaine traditionnelle séparent les espaces, familial et domestique. « Je ne parle que de choses qui me dérangent », souligne-t-elle, en nous montrant la toile Quatre filles portant des bottes bleues. Dans sa partie supérieure se trouve une photo d’enfance où l’on distingue nettement une cinquième enfant isolée, « la fille du gardien avec laquelle nous jouions », arborant de simples sandales.

Il est souvent question ici d’enfermement ou de patriarcat, comme dans ce tableau intitulé Ça se bouscule dans ma tête, où une jeune fille esquisse un baisemain à un grand-père resté hors champ. Tout en commentant un autre tableau inspiré du film de Haneke Le Ruban blanc, avec le regard tendre et déterminé qui est le sien, Yasmine Hadni conclut en ces termes : « Comme les parents subissaient une oppression, ils se sont mis à opprimer leurs enfants. » Le paradis doux-amer des amours enfantines.

Olivier Rachet

My family is complicated, diptyque, 2020, huile et craie sur toile de coton, 150 x 300 cm. Courtesy de l’artiste
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