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[L’œil du collectionneur] À 1-54 Paris, que fallait-il voir ?

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La  mouture parisienne de la foire 1-54 s’est clôturée le 23 janvier. Pour Diptyk, le collectionneur Rodolphe Blavy, membre de l’International Circle – Africa du Centre Pompidou, livre une visite – coups de cœur à l’appui – de cette édition resserrée qui a pourtant apporté une respiration en pleine crise sanitaire, estime-t-il.

©Rodolphe Blavy

Pour la première fois, 1-54 se tient à Paris : une édition spéciale que j’attendais avec impatience, sous COVID et couvre-feu. D’emblée, elle m’a rappelé à quel point cette foire, que ce soit à Londres, à Marrakech ou à New York, est une respiration. Une parenthèse qui illustre la grande force de la scène africaine – sa confrontation avec les enjeux du monde contemporain ; qui me surprend encore, après bientôt 8 années d’existence, par les découvertes, les coups de cœur esthétiques et conceptuels.

Les grands formats du peintre Epheas Maposa exposés chez Christie's pendant la foire 1-54 Paris.

Art au temps du COVID

Je prends plaisir à entrer dans les beaux espaces de Christie’s. L’édition parisienne sera peut-être la seule, mais souhaitons au contraire qu’elle marque la montée de l’art africain contemporain à Paris. Elle est intime, avec une vingtaine de galeries, des espaces élégants mais réduits, et surtout, elle met en avant la qualité et le grand potentiel des artistes africains. Comme chaque fois, j’espère y découvrir, au milieu des grands noms, ces jeunes artistes qui préparent l’avenir.

Premier exploit de 1-54 en 2021 : une foire en présentiel malgré le COVID et les restrictions imposées partout. Une foire différente donc. Des galeries sont moins nombreuses, mais bien sélectionnées, avec notamment des grands noms de la place parisienne (Continua, Lelong, Obadia, Anne de Villepoix) et de belles galeries africaines (Cécile Fakhoury, Gallery 1957, Loft Art). Je regrette l’absence de représentation de l’Afrique australe, celle des galeries londoniennes (hormis 50 Golborne), signe d’une relation déjà plus complexe entre la Grande Bretagne et le reste de l’Europe.

Autre différence, des propositions d’artistes plus resserrées. Solo shows pour certaines – un ensemble impressionnant et renouvelé par un Nú Barreto confiné chez Nathalie Obadia ; chez Galerie 1957, Joana Choumali, valeur sûre qui a multiplié sa côte par 6 depuis que sa série « ça va aller » a été montrée à Paris il y a 3 ans ; une présentation muséale des statuaires en cristal de Pascal Marthine-Tayou chez Continua.

Nú Barreto, Traços Diário 3, 2020, technique mixte sur papier, 332 x 284 x 4.5 cm. Courtesy de la Galerie Nathalie Obadia

Dans les couloirs, les artistes sont les grands absents – l’âme africaine qui donne à chaque édition sa vie et sa couleur, me manque. Mais comment se plaindre devant le tour de force de cette foire, seule à se tenir dans ce monde fermé. C’est donc dans les œuvres que je retrouve cette âme, et je continue à explorer : les scènes chatoyantes de Souleymane Barry (Anne de Villepoix), les photos technicolor de Prince Gyasi (Nil Gallery), les fresques colorées de Epheas Maposa (31 projects).

Dominic Chambers, Saint (It Feels Like Yesterday), 2020, Peinture à l’huile et à la bombe sur lin, 182,9 × 152,4 cm. Courtesy de l'artiste et Luce Gallery

Je dois avouer que mon plus grand plaisir reste celui des découvertes que les foires permettent. Malgré le format restreint de 1 :54 cette année, et le choix de beaucoup de galeries de présenter des artistes bien installés, quelques nouveaux coups de cœur. Les fresques engagées de Roméo Mivekannin, mises à l’honneur par Cécile Fakhoury, replacent l’artiste dans le débat post-colonial. Dans l’œil d’Anne de Villepoix, les tapisseries de Noël Anderson se confrontent à la réalité sociétale américaine, brouillent les pistes comme les vieux postes de télévision et s’ancrent pourtant dans la tradition. Luce Gallery présente une belle sélection, avec deux artistes qui attirent particulièrement mon attention : Delphine Dessane avec ses portraits symboliques et directs, et Dominic Chambers, jeune peintre afro-américain, dans la ligne de la figuration sociale, avec ses tableaux qui parlent de l’intime et me touchent par leur jeu de transparence et de superposition. Ce sera cet artiste qui rentrera, cette fois, dans ma collection.

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