Taper pour chercher

Avec Younès Rahmoun, diffracter pour élever

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Pour son quatrième solo show à Paris, Younès Rahmoun introduit franchement la couleur dans son langage plastique mais poursuit sa réflexion sur la lumière et la spiritualité.

Il y a une coïncidence entre les cheminements artistiques, personnels et spirituels de Younès Rahmoun, que scandent dans leur progression les différentes productions et expositions de l’artiste. Le quatrième solo show que lui consacre la galerie Imane Farès marque ainsi une nouvelle étape de la quête de pureté qu’il poursuit depuis des années. Elle se manifeste par l’utilisation de matériaux jusqu’alors inédits dans sa pratique et une épure des formes hautes en couleurs et en lumière. Le spectre primaire est ainsi convoqué dans une série de sept dessins de maisons aux formes géométriques sur fonds colorés (Tayf-Lawn) et dans Madad-Tayf, magistrale œuvre de 77 pièces de verre teinté et soufflé, enfilées le long d’une structure en acier inoxydable. L’installation manifeste l’alliage de notions à entendre, comme souvent chez Rahmoun, dans toute leur polysémie. Ici la lumière et le souffle, l’inspiration et l’expiration nécessaires à la confection technique de l’œuvre autant qu’à la pieuse méditation. Les sept couleurs primaires servent le fond et la forme de ces deux ensembles qui visent, semble-t-il, à mettre en forme les multiples variations dans lesquelles peuvent s’incarner des archétypes : les idées même de maison ou de respiration.

Younès Rahmoun, Madad-Tayf (Madad Spectre), 2022; Photo : Tadzio

Cheminer vers la pleine conscience 

Le parcours composé par Rahmoun est une métaphore des étapes à traverser pour atteindre et installer, partout, son lieu à soi. Inspirer, expirer, du dedans vers le dehors, et vice-versa. Les allers-retours et les tensions y sont constantes, qui permettent de gravir les différents échelons de la foi et d’une quête toute personnelle. Comme de cette Manzil-Maqâm à trois niveaux – miroirs des échelons vers la pleine conscience. Des Manzil (maison en arabe) de résine transparente sont disséminées sur des plateaux de cuivre artisanaux, en haut d’un mur (Manzil-Fatîl) ou au centre d’une projection hypnotique en sous-sol (Nôr-Manzil-Nôr). En elles brillent tantôt une flamme, tantôt les reflets métalliques des plateaux qui leur servent de support, allégories d’une montagne (Manzil-Jabel) ou d’un bassin (Manzil-Hawd). Le parcours diffracte et dissémine la lumière à travers les vides et les pleins, les pauses et les chemins, que l’artiste ménage pour mieux atteindre une élévation des cœurs et des âmes.

Horya Makhlouf

Younès Rahmoun, « Madad », galerie Imane Farès, Paris, jusqu’au 23 avril 2022
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