[EDITO #55] Moments calmes

Meryem Sebti, magazine Diptyk
Meryem Sebti, Directrice de la publication et de la rédaction du magazine Diptyk

Vous tenez dans vos mains le bel objet Diptyk avec autant de plaisir que nous avons eu à lui redonner vie après un an d’absence. La version digitale et immatérielle de notre magazine nous a tenus en alerte pendant ces longs mois d’incertitude et ce que nous avons à montrer, en ce printemps 2021, ne relèvera pas du spectaculaire. C’est la vie  calme de l’art, celle qui couve, celle qui doit couver, sous l’écume événementielle.La rubrique « work in progress », née de la crise sanitaire, introduit le temps long et solitaire de la création, au plus près de l’intimité des artistes. Ils nous révèlent les ressorts complexes de leurs travaux. On a aimé assister à ce processus créatif et se mettre en conversation avec une scène qui a besoin de ce dialogue critique.

Un autre calme, le temps de l’érosion, apparaît dans la chronique de Bruno Nassim Aboudrar qui livre une réflexion sur les ruines, motif en passe de devenir un véritable genre au sein de la photographie contemporaine africaine. Si l’art occidental a glorifié les architectures antiques en décomposition, les ruines africaines, toutes coloniales, disent bien autre chose.

La série de Sara Imloul que révèle notre portfolio fige encore un autre calme, serti d’une solitude et d’un enfermement qui n’ont pas fini de livrer leurs séquelles sur la jeunesse de ce siècle. Bien sûr, certains d’entre nous regrettent le temps des doublons, où il n’était pas rare d’avoir à arbitrer entre Dakar et New York, ou entre deux vernissages qui se superposent. Nos chroniques consistaient essentiellement à suivre le parcours complexe d’une même œuvre de Bâle à Venise, de Dakar à la 1-54.

La crise sanitaire a induit un changement de paradigme qui met à l’épreuve tous les acteurs de l’art. Pour Diptyk qui renaît à la faveur de nouveaux partenaires institutionnels, il y a là une responsabilité de réinventer la conversation, de se mettre à l’épreuve de l’art.
Meryem Sebti
Directrice de la publication et de la rédaction du magazine Diptyk 

Retrouvez le numéro 55 de Diptyk en kiosque ou sur notre e-shop, en format papier ou format PDF

À la une

Vue de la Somerset House lors de la 14e edition de 1-54 Londres

1-54 Londres : l’effet tremplin

Treize ans après sa création, la foire 1-54 a-t-elle réussi son pari ? Pensée comme une plateforme de visibilité internationale pour les galeries et artistes...

Vue du stand de La Loft Art Gallery, Frieze Masters 2026. © David Owens

Londres, hub des modernismes arabes et africains

À Londres, Frieze Masters et 1-54 accordent une place croissante aux modernismes arabes et africains longtemps marginalisés par l’histoire de l’art occidentale. Au-delà de leur...

Vue de l'installation Hold de Tarek Atoui à la Tate Modern. © Tate Photography / Yiil Liu.

Des sons pour les yeux las : Tarek Atoui à la Tate Modern

Dans le Turbine Hall de la Tate Modern, l’artiste libanais Tarek Atoui déploie Hold, une installation sonore immersive dont notre auteure Vamika Sinha livre une...

Toni Maraini enseigne l’histoire de l’art à l’École des beaux-arts de Casablanca, 1965. Photo : Mohamed Melehi, courtesy des archives Toni Maraini.

Toni Maraini, aux avant-postes de la modernité marocaine

L’historienne et critique d’art Toni Maraini, qui enseigna aux Beaux-Arts de Casablanca de 1964 à 1972, est à l’honneur de la 47e édition du Moussem...