L’Oiseau de Tazmamart est avant tout le projet d’une génération en grande partie coupée de son histoire. Pensé à partir du projet de fin d’études d’Ilyass Koundi à l’Institut national des beaux-arts de Tétouan, retravaillé en collaboration avec le collectif Alkhariqun et l’ancien détenu Ahmed Marzouki, le roman graphique raconte à grands traits les coups d’État militaires avortés contre le monarque Hassan II ayant conduit à la disparition d’un groupe d’officiers et d’anciens élèves de l’académie militaire d’Ahermoumou. Relatées à travers le point de vue de Marzouki, les conditions de détention dans les geôles de Tazmamart, désormais bien documentées, font ici l’objet d’une description réaliste, accompagnée de vignettes en noir et blanc privilégiant souvent des angles de vue appuyés. Plongées et contre-plongées dramatisent l’expérience de ce que l’historien et politiste Walid Cherqaoui nomme, dans sa postface, « un effacement politique » : « la disparition fonctionnait comme une suspension totale du droit ». Face à cet univers concentrationnaire, le roman réussit pourtant le pari de nous transmettre une leçon d’espérance à travers la figure de cet oiseau que le prisonnier désigne par le terme de « faraj » (délivrance) ; le témoignage se transformant en une parabole remettant la dignité humaine au cœur de l’Histoire.
Par Olivier Rachet
L’Oiseau de Tazmamart d’Ilyass Koundi et Alkhariqun, éditions Alifbata et Le Fennec, 112 p., 250 DH