Tazmamart, entre effacement et espoir

L’Oiseau de Tazmamart est avant tout le projet d’une génération en grande partie coupée de son histoire. Pensé à partir du projet de fin d’études d’Ilyass Koundi à l’Institut national des beaux-arts de Tétouan, retravaillé en collaboration avec le collectif Alkhariqun et l’ancien détenu Ahmed Marzouki, le roman graphique raconte à grands traits les coups d’État militaires avortés contre le monarque Hassan II ayant conduit à la disparition d’un groupe d’officiers et d’anciens élèves de l’académie militaire d’Ahermoumou. Relatées à travers le point de vue de Marzouki, les conditions de détention dans les geôles de Tazmamart, désormais bien documentées, font ici l’objet d’une description réaliste, accompagnée de vignettes en noir et blanc privilégiant souvent des angles de vue appuyés. Plongées et contre-plongées dramatisent l’expérience de ce que l’historien et politiste Walid Cherqaoui nomme, dans sa postface, « un effacement politique » : « la disparition fonctionnait comme une suspension totale du droit ». Face à cet univers concentrationnaire, le roman réussit pourtant le pari de nous transmettre une leçon d’espérance à travers la figure de cet oiseau que le prisonnier désigne par le terme de « faraj » (délivrance) ; le témoignage se transformant en une parabole remettant la dignité humaine au cœur de l’Histoire.

Par Olivier Rachet

L’Oiseau de Tazmamart d’Ilyass Koundi et Alkhariqun, éditions Alifbata et Le Fennec, 112 p., 250 DH

À la une

Vue de la Somerset House lors de la 14e edition de 1-54 Londres

1-54 Londres : l’effet tremplin

Treize ans après sa création, la foire 1-54 a-t-elle réussi son pari ? Pensée comme une plateforme de visibilité internationale pour les galeries et artistes...

Vue du stand de La Loft Art Gallery, Frieze Masters 2026. © David Owens

Londres, hub des modernismes arabes et africains

À Londres, Frieze Masters et 1-54 accordent une place croissante aux modernismes arabes et africains longtemps marginalisés par l’histoire de l’art occidentale. Au-delà de leur...

Vue de l'installation Hold de Tarek Atoui à la Tate Modern. © Tate Photography / Yiil Liu.

Des sons pour les yeux las : Tarek Atoui à la Tate Modern

Dans le Turbine Hall de la Tate Modern, l’artiste libanais Tarek Atoui déploie Hold, une installation sonore immersive dont notre auteure Vamika Sinha livre une...

Toni Maraini enseigne l’histoire de l’art à l’École des beaux-arts de Casablanca, 1965. Photo : Mohamed Melehi, courtesy des archives Toni Maraini.

Toni Maraini, aux avant-postes de la modernité marocaine

L’historienne et critique d’art Toni Maraini, qui enseigna aux Beaux-Arts de Casablanca de 1964 à 1972, est à l’honneur de la 47e édition du Moussem...