Laatiris, un activiste en liberté

En recherche perpétuelle, Faouzi Laatiris multiplie les interventions plastiques dans l’espace public de sa ville de Martil et cultive un esprit d’indépendance des plus réjouissants.
À dire vrai, le travail de Faouzi Laatiris est un work in progress permanent. « Tous mes travaux n’acquièrent le titre d’œuvre, explique-t-il, que s’ils sont présentés lors d’une exposition. » On avait été plus que séduits en 2021 par les œuvres présentées lors de l’exposition LMN’ART à Kent Gallery où celui qui initia l’atelier Volume & Installation à l’Institut National des Beaux-Arts de Tétouan réussit à magnifier un espace difficile à appréhender.

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Pour l’heure, l’artiste renoue avec un type d’intervention qui lui tient principalement à cœur, celui d’accrochages in situ dans sa ville de Martil. Intitulée « Espaces Autres » – quelque part « entre l’hétérotopie de Michel Foucault et ‘c’est le regardeur qui fait l’œuvre’ de Marcel Duchamp, entre ACT…ION-performance et esthétique relationnelle » –, le projet lui permet d’intervenir dans les espaces d’un vendeur de cigarettes, d’un marchand ambulant, d’un épicier ou d’un marchand de tissus, afin d’y présenter plusieurs de ses travaux en cours. Collages de la série « Art alimentaire », dessins qu’il dit être exécutés « à l’aveuglette » ou autres œuvres en devenir tel que cet accrochage sur un triporteur situé sur un pont du quartier Dizza où l’on peut lire : « N’oublie pas de réviser le code de la route ! » En traversant le pont, le spectateur comprendra que ce sont « les vendeurs ambulants, la mer et la ville qui font l’Œuvre. » Duchampien !

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« Mon travail est le fruit de contrastes et de contradictions à l’image de la société dans laquelle je vis, explique Laatiris. Je n’hésite pas – et en toute conscience – à travailler la forme abstraite aussi bien que le KITSCH dans toute sa ‘splendeur’ […] Mon travail est le reflet d’un chaos organisé ! » Ne lui parlez pas de performance tant Laatiris voit dans ce type d’intervention dans l’espace public une véritable « forme de guérilla artistique » qu’il condense en deux mots radicaux : « Intervenir et déguerpir ! » Plus situationniste, tu meurs !

Il y a du Beuys chez cet activiste ayant fait de l’intransigeance artistique une vertu, mais un Beuys touche-à-tout qui n’hésite pas à confronter les éléments les plus abstraits qu’il va puiser dans sa passion pour l’architecture avec d’autres motifs empruntés à la culture télévisuelle ou à celle du Web. Ne lui parlez pas non plus de style : « Je n’ai jamais cherché de ‘style’, clame-t-il. Je passe du minimalisme au kitsch, du monochrome au collage » ; on aimerait ajouter sans complexe ! Un activisme adepte des chocs visuels, marque d’un artiste en totale liberté.
Olivier Rachet

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