Des femmes photographes à garder dans le viseur

Comme un malaise. L’exposition actuellement présentée au Musée de la Femme à Marrakech, « Photographie : le langage universel », est déstabilisante, non pas par le choix des photographes qui permet, il faut le dire, de faire de belles découvertes, mais par celui du lieu. Caché dans la médina, ce musée de la femme – ouvert en 2018 mais resté discret jusque-là – se revendique « première initiative de ce genre en Afrique du Nord ». Au rez-de-chaussée, la scénographie rend hommage à des Marocaines au destin exceptionnel comme Chaibia ou Touria Chaoui, première aviatrice marocaine dans les années 1950. C’est au second étage que tout se gâte : le visiteur est immergé dans l’univers de « la femme rurale », entre tissage et poterie. Des objets d’une finesse incontestable, mais que l’on verrait davantage dans un musée consacré aux arts traditionnels. Car c’est bien là que le bât blesse : une essentialisation malséante de la femme couplée à des raccourcis malheureux. « Historiquement, la femme rurale est une aide familiale, peut-on lire sur un des cartels. C’est encore le cas aujourd’hui pour 75 % d’entre elles. Rien d’étonnant, donc, à les rencontrer à de nombreuses tâches de service (…), il en est ainsi des rouleuses de couscous, couturières, masseuses de hammam, accoucheuses, utilisatrices de henné…». Alors forcément, lorsqu’on arrive au troisième étage et que l’on découvre l’exposition, née d’un appel à candidatures lancé par la start-up parisienne Foto Femme United, on souffle de soulagement. Si la thématique est très large, une certaine tendresse se dessine dans les différentes propositions de la quinzaine de femmes photographes représentées, que ce soit les scènes de complicité de la Syrienne Sara Kontar ou les structures faites de bric et de broc sur la plage à Gaza et photographiées par la Palestinienne Rehaf Batniji. Tout le drame actuel est résumé par cette métonymie photographique. À voir, en faisant abstraction du lieu, donc.
Emmanuelle Outtier
— « Photographie : le langage universel », Musée de la Femme, Marrakech, jusqu’au 31 octobre.

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