Que voir à… 1-54 Londres

Pour sa 12e édition dans la capitale britannique, la foire 1-54 s’étend et réunit une soixantaine de galeries. La peinture y tient une position centrale, dominée par la tendance du black portrait.

Après onze éditions, la mouture londonienne de la 1-54 est désormais un rendez-vous familier. On déambule dans les couloirs et les salles lambrissées de la Somerset House pour retrouver ces usual suspects qui, d’année en année, sont devenus des piliers de la foire, que ce soient les galeries parisiennes Afikaris ou 193 gallery ou encore des galeries africaines comme Loft Art Gallery, Gallery 1957, L’Atelier 21 ou This is not a white cube. Sur une soixantaine de participants, un tiers du line-up est d’ailleurs africain. Une volonté de renouveler l’offre se fait aussi sentir : 21 nouveaux venus font leur début à Londres. On remarquera d’ailleurs que la 1-54 suit la tendance du marché mondial qui, depuis la Biennale de Venise, braque les projecteurs sur le continent sud-américain, nouvel eldorado du moment. Les artistes brésiliens et leurs enseignes sont à l’honneur, tout comme, soulignons-le, le Ghana et le Maroc.

Alors concrètement, qu’attendre de cette édition ? La peinture règne en maître – forcément –, bien que, sur certains stands, une photographie décomplexée jonglant avec les références de la pop culture trouve son public, à en croire sa récurrence. Mous Lamrabat et Prince Gyasi tiennent le haut de l’affiche, tandis que de plus jeunes artistes suivent leurs pas, comme le Ghanéen Derrick Ofosu Boateng, représenté par L’Atelier 21, ou l’artiste franco-marocaine Sara Benabdallah (Nil Gallery). Il apparaît clairement que le black portrait domine la sélection. Preuve que le marché conserve une forte demande pour ce type de peinture qui se décline dans une multitude de styles picturaux : le réalisme avec M’barek Bouhchichi, l’aplat chez Zanele Montle, le pointillisme avec Yeanzi, les effets hachurés et texturés de Samuel Olayombo ou le colorisme de Stacey Gillian Abe et Awanle Ayiboro, toutes deux utilisant une palette de bleus profonds pour sublimer la carnation de la peau noire. Des portraits plus directement engagés – dans la mouvance décoloniale – occupent aussi une place importante sur les stands des galeries : Roméo Mivekannin (Galerie Éric Dupont), Tuli Mekondjo (Guns & Rain) ou encore Silvana Mendes (Portas Vilaseca Galeria), qui explore la question des afro-descendants au Brésil.

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Zanele Montle, Inkunzi isematholeni, 2024, acrylique sur toile, 56 x 71 cm Courtesy de Kalashnikovv Gallery

On mise sur les best-sellers

Parallèlement, des scènes de genre et des natures mortes ouvrent de nouvelles voies pour la peinture africaine et sa diaspora. Le Camerounais Wilfried Mbida (Galerie Christophe Person) et le Sud-Africain Stephen Langa (Galleria Anna Marra) capturent des instants de la vie quotidienne, tandis que Fally Sène Sow (Galerie Christophe Person) utilise une palette sombre et une composition classique pour ses vanités. Une forme de renouveau qui suscite l’enthousiasme.

Ceux qui avaient raté la bonne affaire à Marrakech – les autoportraits de Nicolas Coleman (PM/AM Gallery) qui avait fait sold out il y a deux ans, les sculptures en bronze de Hervé Yamguen (Afikaris) ou les dessins brodés de Ibrahim Ballo (Galerie Carole Kvasnevski) – pourront se rattraper à Londres ! Le marché ralentit et les galeries, semble-t-il, sortent leurs best-sellers. On ne boudera pas son plaisir de se rendre sur le stand de la galerie portugaise Perve Galeria, qui revient cette année et dont la proposition pointue pourrait intéresser les institutionnels : elle mise sur des modernes, qui plus est venant du Mozambique ou du Cap-Vert. La 1-54 introduit d’ailleurs une signalétique dédiée aux artistes modernes et établie pour aider le public à se repérer dans le dédale de la Somerset House. Une réponse, sans doute, aux critiques des galeries l’an dernier. On se réjouit aussi de voir de jeunes artistes marocains – ces fameux émergents auxquels nous consacrons le dossier de ce numéro – prendre ou confirmer leur place sur le marché international : Ziyad El Mansouri, Khadija Jayi ou Mouhcine Rahaoui.

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Ziyad El Mansouri, Rem Sleep, 2023, pastel à l’huile sur papier, 70 x 50 cm. Courtesy de House of Beau

Enfin, 1-54 c’est aussi une programmation de special projects. Après l’installation remarquée d’Amine El Gotaibi l’an dernier dans la Courtyard, c’est le graffeur nigérian Slawn qui prend le relais et peindra deux bus à double étage, iconiques de la ville de Londres. Une parenthèse de culture urbaine taillée pour Instagram qui risque de faire le buzz. Une aubaine, sans doute, pour les galeries

PAR EMMANUELLE OUTTIER

1-54 Londres, Somerset House, Londres 10-13 octobre 2024

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Wilfried Mbida, Douces fleurs, 2022, acrylique et pastel sur toile, 115 x 129 cm Courtesy de la Galerie Christophe Person

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