Comment représenter le temps ?

L’exposition « Intervalle » regroupe trois artistes familiers de la Résidence Jardin Rouge : Hasnae El Ouarga, Aliou Diack et RERO, invités à réfléchir à la conception souvent erronée que l’on se fait du temps. 
Une goutte d’eau suffit parfois à déclencher une catastrophe. « The time is out of joint » (Le temps sort de ses gonds) disait Hamlet, dans la pièce éponyme de Shakespeare, conscient de son caractère indomptable. Le temps et ses effets souvent trompeurs, toujours inaperçus : tel est le point de départ de l’exposition « Intervalle » dans laquelle sont réunis trois artistes habitués de la résidence Jardin Rouge. L’artiste conceptuel RERO prend la proposition au pied de la lettre et décline, dans ses installations et ses bas-reliefs, les représentations du temps communément admises. Un ensemble de flèches sous cadre rappelle la représentation rectiligne que se fait le commun des mortels, tandis qu’une installation de théières suspendues au-dessus d’un bassin, où se lisent des formules usuelles sur le temps qui passe en darija ou en français, souligne combien ce dernier est précieux. Au fond de l’espace d’art, un simple nuancier de couleur virant au rouge – en référence au Warning Stripes du climatologue Ed Hawkins – suggère que le temps aussi nous est compté. 

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Vue de l’exposition Intervall, à l’espace d’art Montresso. Credit : Mourad Boulhana

Aliou Diack revisite de son côté, dans une scénographie très efficace, la mythologie des quatre saisons associées à des palettes de couleur allant du vert printanier aux tons ocres, dont on ne sait s’ils sont automnaux ou estivaux, tant Marrakech vient ici brouiller les pistes. Le temps devient alors synonyme d’une éclosion de la couleur et de la forme dont le caractère éphémère est amplifié par l’utilisation de ces pigments préparés à partir des végétaux offerts par la nature environnante. Un principe de transformation perpétuelle préside à ces polyptyques presque pariétaux qui nous rappellent humblement que la peinture est l’une des plus précieuses traces de notre passage sur la terre. Hasnae El Ouarga repousse de son côté les limites du cyanotype qui devient, sous ses doigts d’alchimiste, une planche d’expérimentation des effets de l’oxydation sur le papier. Une étrange et sublime dialectique se met alors en place, entre la rigidité de la pierre et l’action de matériaux comme l’eau de Javel, mais aussi entre la lumière, qui éclaire et imprime sa marque sur le support, et l’opacification apportée par les interventions de l’artiste. Quelque chose se compose et se décompose à la fois, se crée et se détruit. Là réside peut-être l’une des explications du titre de cette magnifique exposition « Intervalle » : le temps serait cet instant de bascule entre la vie et la mort. Une invitation à la résistance malgré la certitude que l’abîme s’ouvre à chaque instant sous nos pieds. Olivier RachetExposition « Intervalle » avec Hasnae El Ouarga, Aliou Diack et RERO, curatrice Estelle Guilié, Espace d’art de la Fondation Montresso*, Marrakech, jusqu’au 14 janvier 2025

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Vue de l’exposition Intervall, à l’espace d’art Montresso. Credit : Mourad Boulhana
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Vue de l’exposition Intervall, à l’espace d’art Montresso. Credit : Mourad Boulhana
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RERO, atelier Jardin Rouge. Credit : Mourad Boulhana.
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Hasnae El Ouarga, L’avenir c’est l’autre 6, 2024. Techniques mixtes sur Papier, 198 x 130 cm.
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Aliou Diack, Quatre saisons, 2024. Technique mixte sur toile, 200 x 600 cm.

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