Un siècle de photographie sénégalaise

Retracer plus de cent ans de photographie au Sénégal relève de la gageure. Giulia Paoletti s’y attelle pourtant brillamment dans son essai Portrait and Place, Photography in Senegal 1840-1960, disponible exclusivement en anglais. L’autrice commence par rappeler ce que représenta l’introduction dans les années 1840 des premiers daguerréotypes en Afrique de l’Ouest, à une époque où « les royaumes locaux détenaient encore le pouvoir » et où la présence française « se limitait aux avant-postes commerciaux le long de la côte ». À travers l’exemple de Jules Itier, Paoletti analyse comment le regard de ces premiers photographes reste encore informé par une culture visuelle héritée de la Renaissance européenne. Battant en brèche les idées reçues, l’autrice montre la réception positive du médium photographique par les principaux représentants de l’islam, comme en témoigne le portrait de El-Hadji Malick Sy, fondateur de la confrérie soufie Tidjane. « L’islam a suscité un espace artistique florissant », écrit-elle en montrant les réticences qui furent alors celles du gouverneur général de l’AOF (Afrique occidentale française), qui voyait dans la photographie « [un adversaire irréductible] de notre domination. » Les pages consacrées à la période post-indépendance démontrent que la place du Sénégal n’a sans doute rien à envier à des pays comme le Mali ou le Bénin auxquels le marché de l’art s’est très tôt intéressé. Un essai essentiel.

Par Olivier Rachet

Giulia Paoletti, Portrait and Place, Photography in Senegal 1840-1960, Princeton University Press, 280 p., 650 DH

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Couverture de Portrait and Place, Photography in Senegal 1840-1960.
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El-Hadji Malick Sy, c. 1920, peinture sur verre, 50 x 40 cm. Collection privée.
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Mama Casset, Women in the studio, c. 1950, tirage à la gélatine argentique, 18 x 12 cm. Collection Centre de recherche et de documentation du Sénégal (CRDS), Saint-Louis, Sénégal

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