Amina Rezki de retour à Tanger

Dans son dernier solo show présenté à l’Espace Delacroix, la peintre alterne fusains et huiles sur toile, dans un fascinant face-à-face avec l’histoire de l’art. 
Dans une œuvre en cours de réalisation dont elle nous montre une reproduction lors du vernissage de son exposition, Amina Rezki représente des figures en miniature sortant comme par enchantement du foyer d’une cheminée. On y retrouve des références explicites à des œuvres iconiques de l’histoire de l’art, de Chagall à Picasso en passant par Magritte. Depuis une quinzaine d’années qu’elle est retournée vivre une partie de l’année à Tanger qu’elle avait quitté enfant, l’artiste s’est forgée une solide réputation de peintre à l’univers oscillant entre expressionnisme figuratif et un esprit surréaliste subtil. Aussi n’est-il pas étonnant qu’elle affronte aujourd’hui, plus libre que jamais, une histoire de l’art dans laquelle elle trouve désormais toute sa place. 

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Amina Rezki, Sans titre, fusain sur papier marouflé sur toile, 148 x 152 cm. Courtesy de l’artiste.

Rapprocher des réalités éloignéesLe spectateur averti reconnaîtra dans ses dessins au fusain des réminiscences d’œuvres historiques : un personnage monstrueux opérant le rapt d’une figure indiscernable convoque le motif de l’enlèvement des Sabines, de la nymphe Daphné ou de la déesse Europe. Le portrait en pied d’un personnage dont les traits du visage sont saisis de tremblement et arborant la tête d’un autre homme, convoque les nombreuses scènes de décollation parsemant l’histoire de l’art, à commencer par celle de Jean Baptiste. Le dos d’un personnage herculéen, percé par des banderilles, rappelle l’univers d’un Picasso. La violence qui traverse notre monde est omniprésente dans ces travaux dans lesquels persiste toujours un esprit surréaliste s’amusant à rapprocher des réalités toujours éloignées. Si cet esprit prédomine dans les huiles sur toile, il ne s’absente pas des fusains dans lesquels un visage se transforme en cible ou la tête d’un personnage arborant une pancarte sur laquelle est inscrit le mot « War » se métamorphose en loup. Une toile, en apparence plus apaisée, montre une mère apprêtant sa petite fille à se rendre dans la forêt sur laquelle donne leur salon. Comme dans une scène tout droit sortie d’un film de Buñuel, elle suggère que les loups rôdent peut-être aux alentours. Dynamique, l’accrochage de l’exposition réussit à susciter en nous des émotions oscillant entre l’inquiétude et le sourire, comme dans cette série de portraits inédits dans lesquels une expressivité toute baconienne côtoie un sentiment de nostalgie propre aux albums de famille. Du grand art, assurément !Olivier RachetSolo show d’Amina Rezki, Espace Delacroix, Tanger, jusqu’au 23 juin 2025.

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Sans titre. Huile sur toile145 x 132
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Sans titre. Huile sur toile, 130 × 127 cm

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