I Am Hymns of the New Temples : la puissance narrative de Wael Shawky

L’artiste égyptien est sur tous les fronts : tout juste nommé directeur artistique de la première édition d’Art Basel Qatar, prévue en février 2026, il expose I Am Hymns of the New Temples à la Fondation Luma, en marge des Rencontres de la photographie d’Arles. Le livre qui accompagne cette installation vient également de paraître. Notre auteur revient sur cette publication, qui témoigne du « génie de Shawky ».
Titre à la fois de son nouveau film vidéo réalisé entièrement sur le site antique de Pompéi et d’un livre évoquant les coulisses et le making-of de ce travail, I Am Hymns of the New Temples s’intéresse aux cosmogonies gréco-latines d’Hésiode et d’Ovide qui évoquent toutes un chaos originel. Mais Wael Shawky met surtout en avant les échos rapprochant les différentes cultures de la Méditerranée, à partir de la figure d’Isis à laquelle un culte était rendu à Pompéi. Réincarnation de la figure grecque de Io, transformée en génisse par Zeus, Isis, sœur et épouse d’Osiris, est assimilée aux déesses gréco-romaines Déméter, Fortuna ou Vénus. 

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Archéologie des temps anciensCette approche syncrétique des histoires et des croyances va surtout de pair chez l’artiste pluridisciplinaire avec une approche mêlant une grande diversité de supports et de techniques. La vidéo éponyme met ainsi en scène des marionnettes géantes incarnant tout autant des dieux, des humains que des animaux ; héritage qu’ont en commun les traditions égyptienne et  de l’Italie du sud. « La Sicile, rappelle Giuliana Bruno, l’une des contributrices de l’ouvrage, qui fut un émirat islamique de 917 à 1060, a intégré de nombreux éléments de la culture arabe, de même que des cultures grecque, romaine, byzantine et normande ». Composé de photographies reproduisant des fresques pompéiennes dans lesquelles se devinent des paysages nilotiques avec gazelles, crocodiles et hippopotames, de masques en céramique et papier mâché, ainsi que de sculptures en verre de Murano entièrement réalisées par l’artiste, l’ouvrage témoigne du génie de Shawky – dont le film Drama 1882 présenté dans le Pavillon égyptien fut l’un des moments forts de la Biennale de Venise en 2024. Il éclaire les enjeux du présent à partir d’une archéologie des temps anciens. Ainsi  l’évocation de la possible disparition de la Terre est opposée à une résistance s’ancrant dans une hybridation salutaire des savoirs et des techniques, et une réinvention permanente du genre même de l’installation vidéo. « Pour Wael Shawky, ajoute Giuliana Bruno, la transformabilité est encore possible si nous concevons la métamorphose comme une exhortation à passer à l’action ». Olivier Rachet 

Wael Shawky, I Am Hymns of the New Temples, ouvrage sous la direction de Sébastien Delot et Andrea Viliani, éditions Atelier EXB, en coédition avec le LaM et le Parc archéologique de Pompéi, p. 452, 630 dhs

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