DANSE AVEC ELLE ET LUI

 

L’artiste franco-algérienne Zoulikha Bouabdellah qui expose depuis hier galerie Venise Cadre à Casablanca n’est pas une inconnue. Lauréate des prix Meurice pour l’art contemporain (2008) et Abraaj capital (2009), artiste phare de la défunte galerie parisienne la Bank, exposée à Rabat par la galerie également défunte HD en juillet 2010, habituée des grandes expositions sur l’Afrique ou le monde arabe (Africa Remix en 2005, le Corps découvert à l’IMA, été 2012, Assilah été 2012, pour ne citer que les plus connues), son travail remarquable se dévoile dans les foires par le biais de sa galerie espagnole Sabrina Amrani (Art Dubai, cette année) et fait de beaux marteaux en salle de vente (plus de 9000 dollars chez Sothebys Doha en décembre 2010).

Ce printemps à Casa, l’artiste, qui s’est fait connaître il y a longtemps déjà par cette vidéo époustouflante où l’on voit un joli ventre ceint d’une écharpe tricolore bleu/blanc/rouge exécuter (elle avait osé !) une danse orientale sur la Marseillaise, poursuit dans sa veine poétique et politique. Avec une exposition simple et efficace faite de papiers découpés, photographies, installations calligraphiques sur les lettres arabes « lui » et « elle » et vidéo, elle nous redit son amour pour une liberté débridée. Se jouant du medium comme à son habitude, « elle n’est fidèle qu’aux mots et aux récits qu’elle veut nous raconter, au droit et à la liberté qu’elle veut défendre », comme nous l’écrivions dans diptyk (numéro 6, juin 2010, page12). Aujourd’hui, elle nous parle d’amour plutôt, fait son kama-sutra calligraphique avec les lettres des mots arabes « elle » et « lui » ; hurle au néon rose « cachez moi ce sexe que je ne saurais voir » ; découpe proprement en ribambelles des images érotiques, nous invitant à chercher entre les évidements ici une fesse, là un entrejambe ; fait danser des silhouettes charnues dans des visages en papier découpé à la manière de Matisse ; là encore elle fait danser le zellige à travers une eau troublée. Et au sous-sol de la galerie, elle apparaît dans une étrange vidéo, se faisant lire les lignes de la main par une voyante de la place Jmaa el Fna. En somme, elle est très fidèle à sa manière très personnelle de faire dire une chose par le truchement d’une autre l’amour par la lettre, le corps par la danse, et ici, la vie et ses mystères, par la diseuse. 

 

Meryem Sebti

 

 

 
du 9 mai au 4 juin

DANSE AVEC ELLE ET LUI
Les mouettes aident à éliminer les tas d’ordures produites par les humains. Décharge de Marseille, France. Tirage photographique sur aluminium, 45 x 60 cm
DANSE AVEC ELLE ET LUI
Mohamed Baala, « Save me, Save your tomorrow »

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