De retour après 20 ans d’absence, le festival Mai de la photographie fédère une dizaine d’institutions marrakchies qui déploient leur programmation autour du thème de l’empreinte. Coups de coeur de la rédaction
Le Mai de la photo ne s’était pas produit depuis 20 ans et c’est tout à l’honneur des institutions culturelles de Marrakech que d’avoir pu, en un temps très court, se fédérer pour faire renaître une initiative autrefois lancée par Sakina Rharib lorsqu’elle était conservatrice du Musée de Marrakech.
ESAV, Maison de la Photographie, Institut français, Maison Denise Masson, Dar Bellarj, Étoiles de Jemaa el Fna, Fondation Leila Alaoui, ES Saadi Marrakech Resort, Fondation Montresso, Dar Cherifa… Les dix partenaires créent les synergies nécessaires à une programmation foisonnante. Certes, la thématique de « l’empreinte » reste un peu vague et aurait gagnée à être problématisée, notamment en regard des questions patrimoniales que soulève le statut d’archive en exposition. Mais le défi tenu n’en révèle pas moins d’ambitieux micro propos curatoriaux explorés par de talentueux jeunes artistes.

Imaginaires du sacré, Fondation Montresso – jusqu’au 2 juin 2024Construite autour des territorialités intimes d’Olivier Monge, Mouna Saboni et Hasnae El Ouarga, l’exposition fait surgir la force de trois imaginaires existentiels, en appui sur des pratiques photographiques très personnelles. Chez Olivier Monge, l’exploration des khettaras abandonnées de Marrakech s’offre comme un voyage dans l’antre de la terre, restitué dans une spatialité cosmique inattendue. Chez Mouna Saboni, des liens se réparent d’une rive à l’autre du bassin méditerranéen au fil de traversées mythologiques, poétiques, archéologiques gravées des écritures de différents alphabets : « Je pensais ne plus savoir la mémoire, c’est la route qui ramène tout ». Hasnae El Ouarga, au gré de ses expérimentations de la technique du cyanotype, questionne la mémoire des pierres dans une approche de plus en plus matiériste : « J’observe les métamorphoses des matières que je reproduis par accident ». Son absence revendiquée de contrôle sur le résultat final de l’œuvre orchestre une diversité de mystères chaque fois renouvelés. Un workshop est attendu le 30 mai, suivi d’une conversation entre Hasnae El Ouarga, Michel Poivert, Diana Lui et Mouna Saboni autour de la question des « territoires photographiques ».

À la recherche du mouvement perdu, Institut français de Marrakech – jusqu’au 26 juillet 2024Curatée par Youssef Sebti, l’exposition dévoile les talents de six jeunes artistes émergents qui captent la subjectivité temporelle du mouvement, autour d’un paradoxe ici évident : si la photo fige, le mouvement lui survit. Kamal Daghmoumi, Hiba Ait El Ghassal, Mohamed Zag, Oussama Sbaa, Atik Mouatssim et Youssef Sebti se saisissent des élans vitaux des individus à la poursuite d’un but : réussir une figure de skate, un tir de fantasia ou un panier de basket, se livrer à la liesse d’une fête, sauter du haut d’une falaise, devancer une vague, fendre les flots à la nage… Les émotions exsudent des corps, des visages et de l’environnement immédiat avec lesquels ils se trouvent en prise : la force d’une écume bravant une digue, le désordre sensuel d’un remous de l’eau, les empreintes en mouvement de pas sur le sable mouillé… Ce sont presque à chaque instantané d’émouvantes échappées de cadres.

Les voies de la transmission, Dar Bellarj – jusqu’au 31 décembre 2024L’exposition réunit trois différents projets collaboratifs : des performances de Hadra conduites par Laila Hida, l’exploration de quartier par les enfants de Dar Bellarj et du centre Les Étoiles de Jemaa el Fna et enfin la collection et le (dés)archivage d’images conduit par Salah Bouade en conversation avec Laila Hida. De l’assemblage de ce matériau hétérogène, ramassé par terre dans les marchés de bric-à-brac, composé de photographies d’archives du protectorat, de vieux numéros de la presse coloniale, d’albums de familles, de souvenirs de séjours en Europe, surgit l’émotion de ce que la photographie laisse de l’Histoire et de nos vies.
Dar Bellarj expose en outre jusqu’au 2 juin les travaux des étudiants de l’ESAV sur la nécessité de construire une relation assumée avec le sujet soumis à une prise de vue photographique, qui puisse donner de la visibilité à des formes d’existence : Don’t shoot me, love me ! Corinne Cauvinwww.maidelaphoto.ma