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À Rabat, la photographie court au chevet de notre planète

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Entre l’Espace Expressions CDG et la Galerie Bab Rouah, la 5ème édition des Rencontres photographiques de Rabat s’emparent d’un thème brûlant d’actualité : l’épuisement de notre planète. Et si l’art pouvait, par sa poésie, nous insuffler la force du changement ? 

Comme de nombreux évènements après la pandémie, les Rencontres Photographiques de Rabat font leur grand retour en 2022. Aux prises avec les réalités du « monde d’après », l’Association Marocaine d’Art Photographiques (AMAP) qui organise les rencontres depuis 2016 a choisi de réunir une trentaine de photographes, autour du thème brûlant de l’écologie.

Sans fard, les artistes venus du Maroc, du Mali, de République du Congo, du Burkina Faso, de Mauritanie, de France et d’Algérie livrent leur vision d’un monde en plein réchauffement climatique. Si les enjeux de sensibilisation sont très présents, le discours ambiant n’est pourtant pas culpabilisant. Jaâfar Akil, président de l’AMAP, préfère parler d’une « invitation à s’interroger sur l’essence (…) des atouts et des secrets de cette existence. » La nôtre, en l’occurrence. Les RPR ouvriraient-elles une fenêtre sur l’espoir ?

Fanta Diarra, Série Terres sans frontières Acalypha, Mali, 2021.

« La Terre Mère », voilà l’étendard sous lequel sont réunis les participants de cette 5e édition, en collaboration avec la galerie NegPos de Nîmes et la Maison de la Poésie du Maroc. Ils abordent chacun et chacune un élément crucial des déséquilibres à l’œuvre sur notre planète : la destruction sauvage des forêts, la désertification, la pollution de l’eau, etc. Akil ne nie pas que l’objectif principal des photographes est d’« avertir de la gravité de la situation environnementale dans certaines parties du monde, et tirer la sonnette d’alarme au sujet des dangers qui guettent la sécurité de notre Terre-mère. » Mais il rappelle aussi que « tout cela a été exprimé par les artistes avec une tendre fluidité. » L’art peut-il ainsi tout réconcilier ? La tendresse peut-elle être la clé ultime de cette prise de conscience collective, que les militants et scientifiques peinent à initier ?

Entre l’Espace CDG et la Galerie Bab Rouah où se déploient les RPR cette année, on retient que chaque participant semble avoir sorti ses tripes sur le papier photographique, ou sur l’écran de projection. Certains renaissent de leur exil, d’autres révèlent des séries encore jamais dévoilées, d’autres encore transforment l’essai qu’on attendait depuis longtemps. Ce thème, fatal, de l’écologie pourrait bien être un révélateur de talent, le dernier souffle qu’on vient chercher face à l’irrévocable.

Miloud Stira, Série La terre en quête de la vie. Détail - Pénurie d’eau 1 Icht, Province de Tata, Maroc, 2019.

On en retient les images anachroniques d’Abderrazzak Benchaâbane, prises dans les années 1990 lors d’un voyage en Afrique et qui semblent être toujours d’actualité. Les arbres solitaires mais persistants de Youssef Bensaoud parlent d’un message d’espoir : ce dernier rappelle que, selon un proverbe chinois, « le meilleur moment pour planter un arbre, c’était il y a 20 ans. Le deuxième meilleur moment est maintenant. » Un adage qui renvoie aux clichés éthérés de Christian Barbé sur l’exploitation du bois à Madagascar, ou encore la cédraie dévastée du Haut Atlas théâtralisée par François Beaurain.

Badr el Hammami s’interroge poétiquement avec sa série À qui appartiennent les nuages ? , à une heure où l’accès à l’eau se raréfie. La vidéo de Karim Barka y répond avec l’ombre dansante d’un jeune pêcheur marocain sur l’eau qui le fait vivre. Tandis que Zouheir Ibn El Farouk, le petit chimiste de la photographie marocaine, mélange arbres, pierres et eau en émulsionnant des clichés photographiques d’arbres, sur des cailloux glanés sur la plage de Mriziga – délaissée – à Casablanca.

Badr El Hammami, Série À qui appartiennent les nuages ? À qui appartiennent les nuages ? 1 Drôme, France, 2021-2022.

Et puis, certains autres photographes nous rappellent que l’humain n’est pas qu’un bourreau de la nature, il est aussi victime mais surtout, il peut être un acteur de changement, en se remémorant ce qui le relie à la « Terre-mère ». La photographe malienne Fanta Diarra forme des compositions où ses modèles se confondent avec divers éléments végétaux, annihilant toute hiérarchie entre l’humain et la nature. Abdelkebir Ghazzal immortalise, quant à lui, le geste où la main revient toujours s’attacher à un élément naturel, un rappel salutaire de notre appartenance à cette « Terre-mère » par la sensation.

Allant toujours plus loin dans l’émotion, le réalisateur Hicham Lasri convoque le sentiment. Pour les RPR, il livre une série photo intitulée Love in Aleppo, où l’amour et la perte tentent de se frayer un chemin à travers les décombres de la guerre. L’artiste visuel s’interroge : « Est-ce qu’une photographie remplace le souvenir ? Est-ce qu’une émotion peut être remplacée par un polaroid ? En ces temps où les photos sont oubliées et négligées dans nos téléphones au lieu d’être imprimées et matérialisées… » De quoi méditer sur l’importance d’être connecté au concret, et donc au vivant.

Marie Moignard

Rencontres photographiques de Rabat, jusqu’au 22 octobre 2022, Espace Expressions de la CDG, Galerie Nationale Bab Rouah, Galerie Mohamed El Fassi.
Aurèle Andrews Benmejdoub, Série Solaris, Sans titre 2 Route nationale 16 entre Ajdir et Mellilia Maroc, 2020.
Abdelkébir Ghazzal, Série Portraits Paris, France, 1976.
Hicham Lasri, Fragment du film Love in Aleppo, Durée 14’07’’, Maroc, 2019.
François Beaurain, Série Climex Climex #3 Jbel Bouiblane, Maroc, 2019.
Christian Barbé, Série Madagascar, les hommes et les arbres. L’allée des baobabs de Morondava Madagascar, 2017.
Nadia Ferroukhi, Série SARS-CoV ville fantôme et enfin l’éveil Paris, France, Printemps 2021.
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