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[Expo] À Rabat, l’art interroge la menace environnementale

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Pour en finir avec le mythe d’un Éden africain figé dans son écrin, six artistes visuels, originaires du Nigéria, de Tunisie et du Maroc alertent sur les menaces environnementales qui pèsent sur le continent et l’impact destructeur de l’homme sur la nature qui l’entoure. Intitulée Échos, cette exposition collective montrée au Cube de Rabat jusqu’au 21 mai prochain, invite ainsi à redécouvrir une réalité africaine, fragilisée et pourtant porteuse d’espoirs. 

Quand d’autres détournent le regard, eux choisissent d’exposer, de dévoiler et mettre à nu cette nature que les mains de l’homme abîment frénétiquement. Six artistes visuels africains endossent, le temps de cette exposition collective intitulée Échos, le rôle de lanceurs d’alertes et révèlent à travers des installations photographiques et vidéo une Afrique transformée, malmenée, en prise avec ses problématiques environnementales.

Pouvoir de destruction  

Une odeur nauséabonde se dégagerait presque des amoncellements de déchets, capturés par l’objectif du natif de Lagos, Aàdesokan Adedayo, pour son projet Waste identity – Bola Bola living, tant l’installation semble vivante. Pourtant, derrière les amas enchevêtrés de cette décharge d’Olusosun – l’une des plus grandes du continent – l’artiste jette une lumière vibrante sur les Bola Bola, des migrants qui s’y sont installés et ont développé un écosystème en s’appuyant sur le recyclage. Les questions de déplacements des déchets cartographiés par l’artiste sont montrées comme des métaphores de la migration humaine. Au centre de cette dialectique, l’homme destructeur est également pourvoyeur d’un salut et porteur d’un nécessaire “changement supraliminal”, cher à Adedayo.

Aàdesokan Adedayo, Waste identity – Bola Bola living (détail), installation photographique, 2020

L’artiste marocaine Fatim Benhamza, à Casablanca, invoque également cette notion de transmutation. Son triptyque intitulé What do you choose to see [Que choisis-tu de voir, ndlr] incite, par un jeu de collage, à interroger notre rapport à la matière ainsi que notre rôle dans son devenir. Juge tout puissant, l’homme possède dans l’imaginaire de l’artiste un droit de vie ou de mort sur ces déchets, qu’il crée de toute pièce. Optera-t-il pour un choix durable et sage ?

Pour le Nigérian Ayo Akiwandé, ce sens de l’éthique a manifestement déserté notre humanité, emporté par le souffle de la violente déflagration accidentelle d’un dépôt d’explosifs à Lagos en 2002. À travers son installation vidéo immersive, Climate Fools, l’artiste activiste condamne le pouvoir dévastateur de l’action humaine, en nous plongeant dans les tréfonds du canal Oké Afa, où près de 600 personnes ont trouvé la mort, suite à ce désastre. Les dépouilles tapissent toujours les fonds, tandis que débris et déchets en tout genre flottent en surface, pour rejoindre et souiller d’autres eaux…

Amine Oulmakki, Vaine tentative de planter un arbre, série photographique, 2020.

Espoir d’une vie meilleure 

Après l’horreur, le projet Homeran du Tunisien Mohamedali Ltaief prend le contre-pied à travers une installation vidéo intime et utopique. Une quête d’intériorité et une communion avec la terre, qu’il invite à ré-incorporer. C’est par ailleurs, une notion familière aux artisans de la brique pleine, immortalisés dans la série argentique All come from dust par Younes Ben Slimane. Le photographe tunisien veut laisser une trace de ce savoir-faire en déshérence, pour lequel l’homme a cultivé cette indispensable harmonie avec la terre. Chez le photographe Amine Oulmakki en revanche, l’espoir d’un retour à une vie meilleure n’est plus porté par l’homme, mais par un âne humanisé, chargeant sur son dos une souche d’olivier. Il parcourt ainsi la ville et ses méandres de béton à la recherche d’un lieu idéal pour planter son arbre. En vain…

Inscrite dans le cadre du programme TransformAfrica, porté par la fondation Heinrich Böll Stiftung, cette exposition collective entend participer à “la narration d’une transformation juste et durable”. Déconstruire des processus et des croyances ancrées est un long chemin de croix… Sans doute aussi long que les interminables déambulations de l’homme-âne.

Houda Outarahout

ECHOS, Le Cube, independent art room, Rabat, jusqu’au 21 mai 2021.
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