Abdelkébir Rabi’ en 3D

Moment fort de la dernière édition de la 1-54 de Marrakech, l’exposition « Fusains de lumière » du peintre Abdelkébir Rabi’ était accompagnée au hammam Dar El Bacha d’une exposition d’art numérique, « Mon sang est jaune », initiée par le collectif français Alicea. Une plongée en 3D convaincante dans l’univers du peintre originaire de Boulemane. 
C’est peu de dire qu’à l’origine du projet, le peintre Abdelkébir Rabi’ était sceptique. Convaincu que sa peinture et ses dessins aux fusains parlaient d’eux-mêmes, le recours aux technologies numériques le faisait douter, comme le reconnaissent les trois membres du collectif Alicea : Chantal Capelli, Jean-Pierre Maillet et Philippe Madile. Initiée par le commissaire d’exposition Mohamed Rachdi, cofondateur avec Majid Seddati de la plateforme dédiée aux arts numériques Morocco Numerica, et par le directeur de Khalid Fine Arts Gallery, Khalid El Gharib, l’exposition « Mon sang est jaune » reste pourtant l’un des moments forts de cette sixième édition de la 1-54. Comme un défi qu’il leur aurait lancé, Abdelkébir Rabi’ convie tout d’abord les trois acolytes d’Alicea à venir arpenter la région de Boulemane et à s’imprégner de l’atmosphère des lieux. Munis de leurs différents appareils de prises de vue, les voici partis à la découverte d’une simple pinède nantie d’un rocher multiséculaire que le peintre s’évertue à représenter, sous des angles différents, dans ses dessins au fusain. Les artistes numériques sont de leur côté sensibles aux jeux d’ombre et de lumière que Rabi’ répercute dans la plupart de ses compositions. Utilisant le procédé de la time lapse leur permettant de capturer en accéléré différentes prises de vue du coucher du soleil ou du mouvement de l’ombre sur les sols, les membres d’Alicea retrouvent à leur façon le travail préparatoire de Rabi’ dont les esquisses lui permettent d’appréhender ces infimes variations de l’ombre et de la lumière. « On travaille sur la prise maximale de matière, explique ainsi Jean-Pierre Maillet. On tente de capter, à l’image du peintre, le rapport qui s’établit entre l’ombre et la lumière, du noir jusqu’au plein éclat. »

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Cet éclat doré derrière mes pupilles vient donc de ce secret que je portais sous ma peau. Chaque goutte de cet ambre liquide rayonne comme un soleil. Personne
pour en embrasser la vérité.
Je me retrouve seul face à leur rouge passion,
leur rouge colère, leur rouge danger.
Ce monde, qu’intuitif, je refuse d’accéder. Courtesy de Alicea

L’homme au sang jauneEn recourant d’autre part au procédé de la photogrammétrie, permettant de multiplier les angles de vue sur un même objet, les membres du collectif Alicea commencent à donner vie au rocher que Rabi’ représente dans la plupart de ses fusains ; ce dernier ne cachant pas son étonnement de pouvoir le contempler, une fois n’est pas coutume, en hauteur. La réalité augmentée à laquelle il est fait ici recours ne vaut pas seulement pour la prouesse technique qui la caractérise mais pour la possibilité qu’elle offre de varier les possibles narratifs. Une rencontre fut ainsi déterminante. Au cours de leurs pérégrinations, les trois artistes numériques découvrent un homme prénommé Mohamed, dont l’habitude consiste à peindre les rochers en jaune. Lorsqu’on lui demande ce qui motive son geste, il répond par cette phrase sibylline : « Mon sang est jaune »Il n’en fallait pas moins pour intégrer aux photographies du groupe et à la vidéo projetée verticalement sur les murs du hammam des références aux errances de cet homme, que le visiteur ne peut s’empêcher d’imaginer comme un alter ego du peintre. Le sang qui coule dans le regard de Rabi’ n’est-il pas lui aussi imprégné de ces couleurs primaires bleues, jaunes et rouges qui ponctuent la plupart de ces toiles dites abstraites ? Une peinture dont on mesure chaque jour davantage combien elle constitue une tentative épurée de rendre compte de l’âme des paysages que l’enfant arpentait et dont le mystère reste intact.Olivier Rachet

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Une goutte d’or avait perlé au bout de ma blessure. Extraordinaire, mon sang était jaune. Je l’avais cru rouge comme les autres.
Découverte fascinante, saisissante.
Peut-être la raison de mes déraisons que je vivais inexpliquées au fond de moi-même, aux yeux des autres. Courtesy de Alicea
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Que fait-on avec un sang qu’on sait jaune et qui bat dans un cœur banal. Comment me nourrit-il ? Que vais-je en faire ? Cette lumière que je n’avais jamais vu qui coule dans mes veines, que fait-elle de moi ?
Un homme ? Un monstre ? Un fou? Un artiste ? Courtesy de Alicea
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Ce sang jaune me murmure des récits d’or et de soufre. Des histoires de terres arides, de blés rares et de sables infinis. Des histoires où poussent si peu de vies.
Elles m’inondent de ces sourires qui troublent ceux qui me croisent. Je n’ai pas peur. J’ai fait alliance avec la lumière. Courtesy de Alicea
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Je l’ai lu dans mes rêves comme une mission. Aujourd’hui, j’irrigue la pinède de mon sang. Par transfusion, je l’infuse, la nourrit.
Je deviens la partie pour le tout. Un jour, la forêt deviendra jaune.
Je serai alors la forêt. Courtesy de Alicea